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16 juillet 2014

70ème anniversaire des combats de Kernabat

Chaque année se tient le jour de la Fête Nationale la commémoration des combats de Kernabat qui opposèrent le 15 juillet 1944 un millier de soldats allemands à environ cent cinquante maquisards bretons.

Dans la nuit du 14 au 15, un parachutage a lieu à Kervir, dans le secteur de Coadry, au profit du groupe Francs-tireurs et partisans (FTP) de Scaër, annoncé à la BBC par ce message: « Le vent souffle dans les blés ». Seize tonnes d'armes sont ainsi transportées, de nuit, par charrettes, à cinq kilomètres environ de Kervir, vers la ferme de Kernabat.

Un parachutage avait déjà eu lieu quelques jours plus tôt dans le même secteur, avec des commandos Jedburgh chargés d'apporter soutien et encadrement aux Résistants. Les Allemands, sur le qui-vive, avaient convergé vers Scaër.

Au matin du 15 juillet, après le second parachutage, la Wehrmacht aux aguets quadrille la zone de Kernabat. Les FTP de Scaër, au nombre de cinquante, demandent l'aide des Forces françaises de l'intérieur (FFI) du canton de Rosporden, une centaine de résistants, cantonnés depuis la veille à Quillien, à Tourc'h.

Le capitaine Mercier, commandant les FFI, envoient trois sections au secours des FTP de Kernabat. Le violent combat fera une centaine de victimes côté allemand et dix-huit morts dans les rangs des maquisards, neuf du maquis de Scaër (Pierre Cabellic, Grégoire Le Cam, François et Jean Jacob, Pierre Capitaine, Corentin Guillou, René Turquet, Louis Massé et Etienne Millour) ; neuf du maquis de Rosporden (Yves Baron, Hervé Delessart, Corentin Guillou, René Le Gall, Roger Kerjose, René Mao, Jean-Louis et Marcel Rannou, Pierre Salomon).

A l'occasion du 70ème anniversaire des événements, une foule nombreuse - élus, citoyens, associations patriotiques - était présente pour leur rendre hommage.

27 mai 2014

Commémorer la Résistance

A l'initiative du Sénat, le Parlement a adopté la loi n° 2013-642 le 19 juillet 2013 instaurant le 27 mai comme journée nationale de la Résistance. Ni fériée, ni chômée, cette commémoration a pour objet d'inviter les établissements d'enseignement à organiser des actions éducatives pour assurer la transmission des valeurs de la Résistance et du programme du Conseil National de la Résistance.

L'exposé des motifs de la proposition de loi énonçait que :

"L'instauration d'une journée nationale de la Résistance répond au besoin par chacun ressenti de rappeler le legs à tout le pays échu, de celles et ceux qui ont refusé l'occupation nazie et la collaboration institutionnalisée sous le régime de Vichy. Il s'agit d'honorer leur mémoire. Nous faisons ainsi droit à une demande ancienne et répétée des associations de résistants et d'anciens combattants.

Ce jour dédié a pour vocation la transmission et l'appropriation par chaque génération des valeurs de la Résistance, qui structurent notre société depuis plus d'un demi-siècle. Elles reposent sur la reconnaissance des droits de l'homme et des acquis de 1789, sur le refus de la capitulation et du désespoir, et plus encore, sur l'adhésion à la République dans une France libre et solidaire.

Le 27 mai 1943, Jean Moulin réunissait pour la première fois le Conseil national de la Résistance. Cet évènement historique signalait, au-delà des disparités idéologiques et politiques, une convergence de volontés et de courages. Il engageait les représentants de huit mouvements de résistance, de six partis politiques résistants et des deux centrales syndicales clandestines.

La fondation du Conseil national de la résistance a rendu possible la contribution décisive de la Résistance intérieure à la libération de notre pays. Il a également permis de jeter les bases d'un nouveau contrat social à l'ambition révolutionnaire, qui fonde encore aujourd'hui notre République. La modernité du Programme du Conseil national de la Résistance demeure entière.

Il nous appartient aujourd'hui de contribuer à la revivification des idéaux humanistes et républicains qui forment le socle de notre citoyenneté, en instaurant une journée nationale de la Résistance, fixée au jour de la date anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance."

En cette période troublée, où les fondations de la République vacillent, il n'est pas inutile de se rappeler que "l'inconscient collectif républicain" s'est construit sur la sédimentation du triple héritage de la Révolution Française (Liberté, Egalité, Fraternité), des grandes lois de la IIIème République (droit de grève, liberté syndicale, d'association, de la presse, séparation de l'Eglise et de l'Etat...) et du programme du CNR. 

Intitulé les "Jours heureux", ce programme du CNR a posé les bases de l'Etat-providence : démocratie politique et sociale (établissement du suffrage universel, organes de représentation des salariés...), "éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie", création de la sécurité sociale...

Ce modèle a fait de la France un exemple dans le monde et en Europe. Il est aujourd'hui sournoisement remis en cause par la pensée dominante qui marque le retour en force des "féodalités économiques et financières" qui ont transformé les institutions européennes en leur terrain de jeu. Paradoxalement, le Front National qui est l'héritier de la pensée vichyste a adopté une sémantique qui flatte "l'inconscient collectif républicain". Jadis, les mots de "Nation", de "Patrie", de "protection", "d'Etat social", de "puissance publique", de "souveraineté" appartenaient au champs lexical de la gauche, fervente promotrice de la régulation publique (qu'on relise Jaurès !). A force de les délaisser au profit d'une novlangue technocratique, à force de diaboliser ceux qui émettaient des impatiences et des critiques sur la façon dont l'Europe s'éloignait des peuples, il est arrivé ce qui est arrivé : un hold up du discours républicain par une formation qui le détourne vers la xénophobie et le repli.

Dans l'immense tâche de reconstruction qui attend les républicains authentiques, les idées du CNR  peuvent encore servir de boussole.

03 décembre 2013

Itinéraire d'un enfant de Mellac

Le 25 janvier prochain, France 3 diffusera un documentaire biographique consacré à Louis Le Pensec intitulé "Le menhir et la rose".  De leur côté, les socialistes de la 8ème circonscription ont réalisé un petit film avec la complicité de l'intéressé, diffusé à l'occasion de la Fête des 40 Roses à Quimperlé en septembre, et baptisé "Itinéraire d'un enfant de Mellac".


08 septembre 2013

Une rue au nom de Marie-Jeanne Le Bozec

C'est un bien singulier destin que celui de Marie-Jeanne Le Bozec. Native de Rosporden, cette résistante courageuse et discrète fut la secrétaire du Général de Gaulle. Pour lui rendre hommage, la ville de Rosporden a inauguré ce samedi une rue à son nom dans le quartier de la Villeneuve-Cadol.

Née en 1912 à Rosporden d'un père cheminot et d'une mère couturière, Marie-Jeanne Le Bozec travaillait comme secrétaire à l'arsenal de Lorient quand la seconde guerre mondiale éclata. Dès 1940, elle s'engagea dans la Résistance sous le pseudonyme de "Yvon". En 1942, soupçonnée par les Allemands, elle quitta le Morbihan pour poursuivre ses activités à Paris où elle travailla au service du chiffre du réseau Confrérie Notre Dame.

Surveillée par la Gestapo, elle fut arrêtée le 13 janvier 1942 et conduite au 101, Avenue Henri Martin, où la police nazie procéda à son interrogatoire. Gifles, coups de poing, passage cinq fois au supplice de la baignoire, rien n'y fait. Marie-Jeanne Le Bozec ne parlera pas. Ses tortionnaires consignèrent dans le procès-verbal "qu'elle valait bien deux hommes". Elle fut ensuite déportée à Ravensbruck jusqu'à la fin du conflit. 

Mariée en 1950, elle devient Mme Mantrand avant que le Général De Gaulle ne la prenne à son service. Ce dernier, qui avait découvert l'existence de cette femme au travers des écrits du colonel Rémy qui vantait son courage hors normes, avait souhaité faire sa connaissance. Elle demeura au service du Général du début des années 1950 jusqu'en 1967, du RPF à l'Elysée. Elle fut celle qui tapa le manuscrit des Mémoires de Guerre et celui de la Constitution de la Vème République.

Commandeur de la Légion d'Honneur, Grand officier de l'ordre national du Mérite, Croix de guerre et médaillée de la Résistance, Marie-Jeanne Mantrand s'est éteinte le 14 juin 2004 en presqu'île de Rhuys. En donnant son nom à une rue, la municipalité a souhaité rappelé que la Résistance n'était pas qu'une "affaire d'hommes" et honoré la mémoire de cette grande dame qui avait toujours gardé un attachement profond pour sa Bretagne natale.

14 juillet 2013

"Le génie de la France, c'est de résister"

"Le vent souffle dans les blés". C'est par ce message diffusé sur Radio Londres que fut annoncé le parachutage du commando Jedburgh le 14 juillet 1944 aux maquisards du secteur, à Miné Kervir, en Scaër. Les soldats allemands, alertés, encerclèrent les 150 résistants. A 10 contre 1, les combats de Kernabat firent 18 victimes chez les Résistants. Comme chaque année, élus et associations leurs rendent hommage. Mon allocution prononcée à cette occasion.

Messieurs les Maires,
Madame la Conseillère générale du canton de Châteauneuf-du-Faou,
Mesdames et messieurs les Elus,
Madame et Messieurs les porte-drapeau,
Mesdames, Messieurs,

Nous voici réunis en ce jour de Fête Nationale, pour commémorer, comme chaque année le souvenir des morts de Kernabat-Quillien. Notre présence ici porte un double témoignage, celui de notre attachement à la République, et de notre fidélité sans faille à la Résistance Française qui a contribué à sa renaissance.

Exercer notre devoir de mémoire, c'est bien sûr évoquer le souvenir de ceux qui ont poussé jusqu'au sacrifice ultime leur engagement, à la manière des 18 maquisards que nous honorons aujourd'hui. Mais c'est aussi, par-delà ces faits d'armes tragiques et glorieux, tirer les enseignements du passé pour ne pas laisser se reproduire les tourments de l'Histoire (...)

14 juillet 2012

Cérémonie du 14 juillet à Kernabat et Quillien

Comme chaque année, à l'occasion de la Fête Nationale, les élus des cantons de Rosporden, Scaër et Châteauneuf du Faou, se réunissent à Kernabat et Quillien pour honorer la mémoire des 18 jeunes maquisards tombés sous les balles de l'occupant allemands lors des combats du 15 juillet 1944. Retrouvez ci-dessous mon allocution.

Messieurs les Maires,
Mesdames et messieurs les Elus,
Capitaine,
Madame et Messieurs les porte-drapeaux,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

Le 6 juillet 1880 était promulguée la loi instaurant la date du 14 juillet comme Fête Nationale de la République Française. Ce choix célébrait en réalité deux épisodes de la Révolution Française : le 14 juillet 1789, date de la Prise de la Bastille, et le 14 juillet 1790, date de la Fête de la Fédération.

Dans notre conscience collective nationale, la prise de la Bastille est le symbole de la chute de l’Ancien Régime, l’acte de décès d’une société de classes et de privilèges maintenus par un pouvoir absolu et arbitraire. La Fête de la Fédération, quant à elle, célébrait l’unité d’une Nation qui traversait des heures sombres et la réconciliation des Français. (lire la suite)

17 juin 2012

Commémoration des morts de Cosquéric et Rohantic

Les 15 et 16 juin 1944, des jeunes maquisards du canton, cachés dans la ferme de Rohantic à Elliant, furent découverts et exécutés par l'occupant allemand. Ce 17 juin, comme chaque année les élus et les associations patriotiques leurs rendent hommage. Voici mon allocution prononcée à cette occasion.

Messieurs les Maires,
Capitaine,
Mesdames et messieurs les Elus,
Messieurs les porte-drapeaux,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

En cette année 2012, la commémoration des massacres de Cosquéric et Rohantic se tient le jour du second tour de l’élection législative. Ce moment de respiration démocratique permet aux Français d’exprimer librement leurs choix et de confronter leurs opinions, parfois âprement, mais toujours dans un esprit de concorde républicaine.

Si des hommes et des femmes d’horizons politiques divers peuvent aujourd’hui présenter librement leurs candidatures et s’affronter dans les urnes sans autre crainte que celle de la défaite électorale, c’est parce que de 1940 à 1945, d’autres hommes et femmes ont durement combattu le totalitarisme nazi qui prétendait écraser les nations européennes au nom d’une supposée supériorité aryenne. (lire la suite)

14 juillet 2011

A l'esprit de Résistance

Chaque 14 juillet, élus, familles et associations patriotiques commémorent les combats de Kernabat qui eurent lieu il y a 67 ans aux confins de Scaër et Tourc'h. Voici mon allocution prononcée à cette occasion.

Monsieur le Député,
Messieurs les Maires,
Mesdames et messieurs les Elus,
Messieurs les porte-drapeaux,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

C’est la première fois que l'honneur m’est donné de m’exprimer dans le cadre d’une commémoration patriotique en qualité de conseiller général. Mon jeune âge ne vous aura pas échappé, et il m’a inspiré quelques réflexions sur la façon dont ma génération doit faire vivre le devoir de mémoire.

En effet, dans quelques années, les acteurs et les témoins directs ou indirects des événements de Kernabat-Quillien auront disparu. Il appartiendra alors à ceux qui restent de conserver intacte la flamme du souvenir.

Bien sûr, les faits demeureront, ils ne disparaîtront pas des livres d’Histoire. Les stèles à la mémoire des 18 jeunes maquisards tombés au champ d’honneur rappelleront aux promeneurs et aux férus d’histoire les faits qui se sont joués dans nos campagnes de Scaër et de Tourc’h le 15 juillet 1944.

L’épisode tragique du parachutage de Miné-Kervir et le piège mortel tendu par la Werchmacht constituent des faits d’armes, injustes et douloureux, qui ont marqué bien des familles ayant perdu tantôt un fils, tantôt une connaissance plus ou moins proche. Moi-même, je me rappelle toujours avec émotion le récit que m'en ont dressé mon grand-père et mon grand-oncle. Réquisitionnés le lendemain des combats par le brigadier de gendarmerie pour identifier les cadavres, ils ont gardé toute leur vie en mémoire l'image de ces jeunes hommes qui étaient des voisins, des amis, ou des collègues, et dont les corps maculés de sang étaient recouverts de mouches. L'un d'eux, abattu d'une balle derrière la tête était tellement méconnaissable qu'ils le prirent d’abord pour un autre...

Peut-être que ces 18 maquisards combattaient instinctivement, simplement pour recouvrer la liberté et le droit de choisir leur destinée et celle de leurs familles. Ils n’avaient pas le temps de faire de philosophie, ni de constater qu’ils défendaient une cause plus grande qu’eux. 67 ans après les faits, il est nous possible, par-delà la douleur, et sans occulter le digne sacrifice de nos glorieux aînés, de dépasser la réalité matérielle des combats pour comprendre l’esprit de Résistance, et continuer ainsi à le faire vivre dans le cœur et dans l’âme de la jeunesse.

L’esprit de Résistance, c’est d’abord bien sûr la révolte contre toute forme d'oppression. Car la Liberté est notre bien commun le plus précieux, celui qui cimente nos sociétés et porte toutes les autres valeurs humaines. Mais l’esprit de Résistance, c’est aussi la capacité à pardonner à ceux qui ont voulu attenter à la Liberté, à ne pas leur faire subir à notre tour ce qu’ils voulaient nous imposer. Cette capacité à pardonner porte un nom : elle s’appelle la paix.

La révolte et le pardon naissent d’une même vertu cardinale : le courage. Se révolter impose de vaincre la peur de sa propre mort ou de celle des siens, pardonner impose de dépasser la souffrance qui nous a été infligée. Cela ne va jamais sans courage.

Je ne sais lequel des deux actes est le plus difficile, mais je suis toujours impressionné par la capacité des survivants à pardonner. Leur amour de la paix est le bel héritage qu’ils laissent à la jeunesse.

Dans un monde où les atteintes à la Liberté sont quotidiennes, au moment où nous pleurons la mort de 5 soldats en Afghanistan, il faut réaffirmer sans cesse que célébrer l’esprit de Résistance n’est pas qu’un devoir de mémoire, c’est aussi et avant tout une morale de l’action qui doit alimenter notre quotidien.

Saluons l’héroïsme des morts de Kernabat-Quillien autant que celui des résistants syriens et libyens en lutte contre les sordides dictatures qui étouffent leurs peuples. Ces milliers de jeunes arabes morts ces derniers mois ne connaissent pas l’existence des maquisards de Kernabat, et pourtant, ils sont reliés à eux par la longue chaîne immanente et immuable de la Résistance, cet espoir qui pousse tout homme digne à se lever contre la tyrannie.

C’est pourquoi nous devons, aujourd’hui et demain, de Tourc’h à Tripoli, en passant par Damas, proclamer ensemble, avec toute la vigueur du monde : vive la Résistance ! vive la Liberté ! vive la Paix !

19 juin 2011

Les Palmes Académiques à Jean COTTEN

Il existe des hommes et des femmes dont l'amitié nous honore. Je m'honore de celle de Jean Cotten, militant au grand coeur. J'ai tenu à lui rendre hommage par ma présence ce samedi à Saint-Yvi lors de la remise de ses Palmes Académiques.

Trop modeste, considérant son action simplement "normale", Jean n'a jamais demandé de reconnaissances officielles. Mais cette modestie a conduit ses amis à les solliciter pour lui. C'est ainsi que la municipalité de Saint-Yvi lui a décerné la médaille de la ville en janvier. Puis, ce fut le Mérite Agricole qui lui a été attribué pour sa carrière d'ingénieur au sein du Ministère de l'Agriculture. Et enfin, samedi, les Palmes Académiques pour son action comme Délégué Départemental de l'Education Nationale de 1970 à 1985, puis de 1999 à 2009. N'en jetez plus !

Jean, c'est un parcours à la manière de la chanson de Jean-Jacques Goldman : "loin des beaux discours, des grandes théories, à sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui, il changeait la vie".

Qu'on en juge ! Avec d'autres bénévoles, Jean a fondé en 1961 l'Amicale Laïque de Saint-Yvi en devenant son premier président. Il créera ensuite au sein de l'AL une section légumière qui depuis 1996 a fourni 180 tonnes de légumes à destination des associations caritatives (Resto du coeur, banque alimentaire...). Elu au conseil municipal en 1958, il y siégera jusqu'en 1989, effectuant 3 mandats d'adjoint au maire. Adhérant au PS en 1972, il milite toujours à la section locale, nous faisant profiter de la sagesse que lui confère ses 76 ans. Passionné de football, Jean a également présidé aux destinées de l'Association Sportive Saint-Yvienne dans les années 90.

Ce chemin de vie est un exemple pour nous tous. A une époque où la dureté de l'existence pousse au repli individualiste, Jean nous rappelle que l'action collective et désintéressée est encore la meilleure manière de promouvoir la solidarité et les valeurs qui lui sont chères : celles de la République. Encore bravo Chevalier Cotten !

14 septembre 2009

Hommage à notre camarade Michel Delval

Durant la nuit de samedi à dimanche, notre camarade et ami Michel Delval nous a soudainement quittés. Secrétaire de la section cantonale d'Arzano-Locunolé, Michel était un militant de longue date. 
Il vivait son engagement au quotidien, dans sa section, mais aussi au sein de l'association qu'il présidait, IDES, qui aide les demandeurs d'emplois à se réinsérer sur le marché du travail. Le Conseil Fédéral réuni ce soir à Brest a salué son dévouement en marquant une minute de silence.
Michel était un "vrai type bien", sincère, dévoué, gentil. Il va terriblement nous manquer, et tous les socialistes de la 8ème circoncription ont une pensée pour ses proches, notamment sa femme Gisèle, également adhérente du parti.

10 août 2009

Inauguration de la rue Albert Rivier

En marge de la commémoration des 65 ans de la Libération de Rosporden, nous avons procédé au dévoilement de la plaque de la rue Albert Rivier (1919-1997), située dans le nouveau quartier de la Villeneuve Cadol. En présence de notre député, Gilbert Le Bris, et de la famille Rivier, le maire a rendu hommage à cette figure locale, trait d'union entre les cités de Rosporden et de Melgven.

Entré dans la Résistance en 1942, il constitue le mouvement Libé Nord, aux côtés de Bertrand Petit et Robbert Ricco. Il rejoint le maquis en mai 1943 où il fut chargé du recrutement et de l'instruction des combattants. Il hébergea et cacha un aviateur américain dont l'avion s'était écrasé à Kernével. Commandant de la première compagnie des Forces françaises de l'intérieur (FFI), il mena un combat actif avec ses camarades et participa notamment à de nombreuses actions de sabotage entre juin et août 1944.  

Le 10 août 1944, Albert Rivier, est désigné à 25 ans président de la délégation spéciale de Rosporden qui se substitue à l'ancienne municipalité nommée par Vichy. Paradoxalement, il ne peut pas se présenter à l'élection municipale de 1945, résidant le quartier périphérique de la Butte, intégrant à l'époque la commune de Melgven. Ce fut pourtant à lui qu'incomba l'honneur d'installer le conseil rospordinois nouvellement élu.

En 1947, il devient adjoint au maire de Melgven. Il le restera jusqu'en 1965. Elu melgvinois, il n'en continuera pas moins de participer activement à la vie économique, citoyenne et associative de Rosporden, notamment en tant que président de l'ANACR. Pour son action, il reçut la Légion d'Honneur du ministre Louis Le Pensec, en mai 1982.

Photo (archive Ouest France) : Albert Rivier, à droite.

08 août 2009

Hommage aux otages de Beg Runio

Accompagnant les anciens combattants et les familles des victimes, j'ai assisté à Quéven pour la première fois à la célébration du souvenir des 9 otages Rospordinois tués en août 1944 à Beg Runio au moment où Rosporden luttait pour sa libération. Cérémonie d'autant plus émouvante qu'elle remet en mémoire un pan trop méconnu de notre histoire locale.

Au côté de Marc Cozilis, maire de Quéven, Gilbert Monfort a rappelé les circonstances dans lesquelles 33 Rospordinois furent pris en otage par l'occupant. Retenus captifs à Quimperlé en représailles des attaques de la Résistance, ils subirent les conditions inhumaines du travail forcé avant d'être embarqués dans un train à destination de l'Allemagne. Mais à Quéven, au lieu-dit Beg Runio, les forces alliées attaquèrent le convoi. Dans l'échange de tirs, 16 personnes furent atteintes : 8 rospordinois - dont une femme - et 1 espagnol succombèrent.

La commémoration des 65 ans de la Libération de Rosporden se poursuivra ce dimanche. De Kernével à Melgven, nous nous rendrons sur tous les lieux de mémoire avant d'inaugurer la rue Albert Rivière, commandant de la première compagnie des FFI.

14 juillet 2009

Cérémonie du souvenir à Kernabat


La sérénité des lieux nous ferait presque oublier l'épisode douloureux qu'a connu Kernabat si une stèle à la mémoire des résistants tombés au champs d'honneur ne nous rappelait leur sacrifice. Elus, anciens combattants, familles... tous étaient encore là cette année pour commémorer cette tragédie.

Après le débarquement, la Résistance avait reçu l'ordre de ralentir les mouvements de troupe allemande en direction de la Normandie. Les parachutages d'armes, souvent accompagnés d'instructeurs, s'accentuèrent afin de permettre aux forces de l'intérieur d'accomplir leur mission. C'est ainsi que le 8 juillet 1944, 107 containers et trois commandos Jedburghs furent parachutés aux confins de Tourc'h et de Scaër, au lieu-dit Miné-Kervir. Si cette première opération eut lieu dans de bonnes conditions, le survol du secteur ne manqua pas d'éveiller les soupçons de l'occupant. 

Un second parachutage était prévu quelques jours plus tard au même endroit dans la nuit du 14 ou 15 juillet. Grossière erreur que les maquisards payèrent cher. Alors que les résistants convoyaient leur matériel vers Quillien, ils tombèrent dans le piège tendu par la Werhmacht : un millier de soldats quadrillait la zone. Interceptés au niveau du hameau de Kernabat, certains tombèrent l'arme à la main tandis que les prisonniers étaient fusillés : 18 résistants furent abattus. 

C'est toujours avec émotion que je me rappelle le récit que m'en a fait mon grand-père. Réquisitionné avec son frère pour identifier les cadavres, il garda toute sa vie en mémoire l'image de ces jeunes hommes qui étaient des voisins, des amis, ou des collègues, et dont les corps maculés de sang étaient envahis par les mouches. L'un d'eux, abattu d'une balle derrière la tête était tellement méconnaissable qu'ils le prirent pour un autre... Autant que l'héroïsme des morts, c'est la capacité à pardonner de ceux qui ont subi ces tristes événements qui m'impressionne toujours. Leur amour de la paix est notre plus bel héritage.

27 janvier 2009

L'Abolition

Formidable Berling dans la peau de Robert Badinter, plaidant pour France 2 cette cause sacrée qu'est l'abolition de la peine capitale. A elle même, l'idée de la peine de mort viole l'impératif catégorique fondateur de toute civilisation. Tuer un homme, se fut-il abaissé à la bestialité par ses actes, revient à faire preuve de la même cruauté. Elle réduit la Justice à la vengeance. Et pire que tout, l'éventualité que ce châtiment soit appliqué à un innocent est simplement invivable.

Par son jeu d'acteur, par ses explosions soudaines masquées sous un charisme discret, Berling met en avant la noblesse profonde du métier d'avocat. Dommage que la profession oublie ce pour quoi elle existe. On connaît parfois les causes qui nous poussent à la quitter, et on sait toujours pourquoi on y revient tôt ou tard...

17 août 2008

Commémoration de la Libération de Rosporden

« Le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros Guirrec », c’est par ces mots que Radio Londres donnait le signal aux Résistants de l’intérieur d’attaquer les forces allemandes le 3 août 1944.

A Rosporden, dès le 4 août, les maquisards du bataillon Mercier engagèrent la lutte armée contre l’occupant, 28 résistants et 5 civils tombèrent sous les balles de l’ennemi. En guise de représailles, et pour la deuxième fois de son histoire depuis l'épisode de la Ligue, la cité des étangs fut incendiée. Une soixantaine de maisons fut brûlée par la Werhmacht. Le lourd tribut n’allait pas s’arrêter là puisque 33 otages furent conduits en détention à Quimperlé, 9 d’entre eux ne revinrent jamais.

Le dimanche 10 août, en présence de nombreux élus et d'anciens résistants des communes du secteur, les Rospordinois ont commémoré le souvenir du sacrifice de quelques uns pour la liberté de tous.

25 juillet 2008

Hérault le Magnifique

"Pour agacer les facultés et les tenir éveillées, il faut sans cesse chercher des ennemis et courir au combat"

Hérault de Séchelles. Théorie de l’Ambition

La Constitution de 1793 et sa Déclaration des Droits qui proclamaient que « le but de la société est le bonheur commun » - cette « idée neuve en Europe » selon la fameuse formule de Saint Just – sont passées à la postérité. En revanche, peu nombreux connaissent l'identité de leur auteur et sa vie romanesque.

Pris dans l'étau de Saint Just et Robespierre, Jean-Marie Hérault de Séchelles est le proscrit des manuels d'histoire de la Révolution française. Les rares mentions ne soulignent de sa vie que sa beauté et ses mœurs libertines, quand elles ne renvoient pas de lui l'image d'un fat. Cette figure stendhalienne fut pourtant un révolutionnaire ardent.

Né le 15 novembre 1759 dans une famille de vieille noblesse, Hérault de Séchelles, seigneur d’Epône, est un des plus jeunes et plus brillants parlementaires de l’Ancien Régime quand éclate la Révolution. Cousin de la duchesse de Polignac (l’intime de Marie-Antoinette), son talent précoce fit de lui l'avocat du Roi au Châtelet à dix-huit ans. Grâce à une dispense d’âge que lui valut sa proximité avec la reine, il obtint à vingt-cinq ans la charge d’Avocat Général (la rumeur prétendait que Marie-Antoinette en personne aurait brodé son écharpe de magistrat…)

Côté palais de Justice, ses qualités oratoires, sa maîtrise de la science juridique et son adhésion aux idées des Lumières transformaient ses réquisitoires en merveille d’éloquence. Comme beaucoup de ses prédécesseurs du corps des « gens du Roi » - telle était la dénomination des parquetiers – Hérault plaidait avant tout au nom de la Raison et des droits naturels. Côté cour, le beau sexe se traînait à ses pieds, les dames de la bonne société rêvant toutes de connaître les faveurs du bel avocat.

Pour comprendre sa destinée, il faut se placer dans le contexte de l’époque caractérisée par la montée de l’influence des gens de robe. En effet, si la Révolution avait interdit un temps la profession, la figure politique de l’avocat occupait une place grandissante dans la vie publique. Les avocats ne sont-ils pas les mieux placés pour traduire en termes juridiques les aspirations du peuple ? Ainsi le jeune Robespierre, du Barreau d’Arras, rendu célèbre par la Plaidoirie du Paratonnerre - le symbole des Lumières contre les foudres du Ciel - rédigea les cahiers de doléance des mineurs et des savetiers de l’Artois. Danton, « le juriste de l’audace révolutionnaire » selon le mot de Jaurès, porta comme aucun l’ardente nécessité de l’Education du peuple. La France est ainsi faite : ses frontières ont été taillées à l’Épée, mais son rayonnement tient de l’Esprit des Lois et du Code Civil. Il est donc normal qu’aux côtés des militaires, le Panthéon ait réservé ses bonnes places aux grands jurisconsultes.

Prince des avocats plus souvent qu’avocat des princes, Hérault aurait pu être l’un d’eux. Il défendait la veuve et l’orphelin. Et contrairement à ses pairs, il était l’ami des petits avocats, ces besogneux du Droit qui combattaient le conservatisme de l’Eglise et des familles patriarcales, ces députés du quotidien qui constituèrent l’essentiel du personnel politique de la Révolution.

Ambitieux et arriviste, Hérault s’engagea dans l’action politique lors de la Fronde parlementaire de 1787, dont l’un des meneurs était le président du Parlement de Paris, son ami Michel Lepeltier de Saint Fargeau (le député qui, le premier, fit abolir la peine de mort). Hérault était pourtant en porte-à-faux avec l’essence réactionnaire de ce mouvement puisqu’il prit ouvertement position pour le « doublement du Tiers » lors de la convocation des Etats Généraux. La même année, il rédigea sa Théorie de l’Ambition, sorte de bréviaire pour jeunes carriéristes que n’auraient pas renié Julien Sorel et Lucien Leuwen. Cet ouvrage déplut tellement à ses proches qu’il fallut attendre l802 pour qu’il soit enfin publié.

Son ascension politique commença véritablement sous la Révolution. En effet, Hérault participa à la prise de la Bastille, puis après un séjour en Suisse, il retrouva ses fonctions de magistrat et adhéra au club des Jacobins. Sa famille cessa alors toutes relations avec celui qu’elle considérait comme un traître. Après la fuite du roi à Varennes, Hérault prit ses distances avec les Jacobins qui voulaient abattre la monarchie. Il les réintégra en 1792.

Devenu conseiller de Danton, il est l’inspirateur du célèbre discours sur « la Patrie en danger ». Élu député montagnard en 1793, il devint président de la Convention. Puis, très vite, Hérault est nommé représentant en mission en Savoie. L’aristocrate évita ainsi d’être présent lors du procès de Louis XVI, et surtout de son ancienne protectrice, la Reine…

À son retour dans la capitale, il retrouva la présidence de la Convention (il est le seul à avoir accédé deux fois à cette charge). C’est à titre qu’il intégra le Comité de Salut Public et prit part au processus constituant. Brillant juriste et fin lettré, Hérault de Séchelles mena les travaux du comité. La constitution de 1793 fut son acte de gloire, mais elle annonça également son trépas.

Au cours des travaux, il se moqua de Saint-Just, exigeant qu’il lui apportât les tables de lois du roi Minos… Lois qui n’ont jamais existé. En plus de ses origines nobles et de ses manières de dandy, Saint Just ne lui pardonna jamais cette farce.

La Déclaration des Droits de l’Homme du 24 juin adossée au texte constitutionnel reste un modèle du genre, elle innove principalement par rapport à celle de 1789 en ce qu’elle y ajoute les prémices de droits sociauxles secours publics sont une dette sacrée », « l’instruction est le besoin de tous ») et ordonne aux citoyens de s’insurger contre la tyrannie des gouvernements (« l’insurrection est le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »). En un sens, il n’est pas interdit de penser que cette déclaration est un prototype pré-socialiste. Approuvée par référendum, la constitution fut proclamée le 10 août. Hérault était alors au faîte de sa gloire, il donna une célébration en grandes pompes aux Champs de Mars dont il fut l’incontestable vedette.

Pourtant, il restait aux yeux de beaucoup de révolutionnaires un « ci-devant » attisant la méfiance. Saint-Just le haïssait, et il était métaphysiquement en désaccord avec Robespierre qui avait voulu remplacer le catholicisme par une nouvelle religion civile, le culte de l’Être Suprême. Hérault, en parfait athée, ne jurait que par la Raison. Enfin, autant Robespierre était austère et rigide, autant Hérault était libertin et insolent. La Terreur fut l’occasion qu’attendait l’Incorruptible pour se débarrasser de ses rivaux. Saint Just rédigea un rapport d’accusation féroce et obtint sa condamnation. Quant à la constitution de 1793, elle ne fut jamais appliquée. Peut-être est-ce le sort des plus belles constitutions que de demeurer des palimpsestes de musée ?

Le jour de l’exécution, le 5 avril 1794, les témoins racontèrent un Danton vociférant, un Desmoulins pleurnichant et Hérault, calme et nonchalant. Il avait trente-trois ans. Après une telle vie, convenons-en, la guillotine n’est qu’un détail. « Vivre vite et mourir jeune » est décidément un passe-temps d’aristocrate.

24 mars 2008

Il y a 40 ans : RFK

Il y a quarante ans, très exactement le 16 mars, Robert F. Kennedy, annonçait sa candidature à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Cinq années après la mort de JKF, un Kennedy ramassait l’étendard ensanglanté par l’attentat de Dallas et l’Amérique pouvait rêver à haute voix « d’un monde nouveau ».

Diplômé d’Harvard, Bobby devient avocat à 25 ans au sein du département de la Justice. Il se spécialise dans la lutte contre la corruption. En 1952, sur ordre de son père, il quitte ses fonctions et prend la direction de la campagne sénatoriale de son frère John. A cette tâche, il se révèle un dur prêt à tous les coups pour gagner, un ambitieux sans peur qui n’hésite pas à user de menaces. Un vrai Kennedy.

En 1953, après la victoire de son frère, il est avocat au Sénat. A ce titre, il est le conseiller de Mac Carthy. Choqué par la « chasse aux sorcières », il démissionne après la condamnation des époux Rosenberg. Il intègre ensuite la commission Mac Clellan chargée de lutter contre la Maffia. C’est à cette époque qu’il se fait connaître du grand public. Il brise le patron du syndicat des camionneurs, Dave Beck, puis, s’attaque à son successeur Jimmy Hoffa. Bobby est un loup qui ne lâche sa proie que lorsqu’elle ne bouge plus. Les menaces de mort contre sa famille redoublent sa colère : il met sous les verrous 40 responsables du syndicat.

En 1960, il est l’artisan de la victoire de John à la présidentielle. Sur les ordres de leur père, il accepte de devenir Ministre de la Justice. Il poursuit sa lutte féroce contre le crime organisé sans se soucier des conséquences de ses méthodes musclées. Conseiller privilégié du président, il a joué un rôle crucial dans la sortie de crise lors de l’épisode des missiles cubains. Dévoué corps et âme au clan, il attaque tous ceux qui nuisent aux intérêts des Kennedy, en particulier le chef du FBI, Hoover. Il est aussi celui qui sensibilise le président au combat pour les droits civiques. A la mort de ce dernier, il reste à son poste, mais son mépris pour Johnson redouble quand ce dernier s’approprie la paternité de « sa » loi sur les droits civiques.

Elu sénateur de New York en 1964, il se libère petit à petit du fantôme de son frère. Beaucoup moins centriste que John, Bobby apparaît enfin tel que lui-même : idéaliste et passionné. Il voyage et défend partout les causes qu’il croit justes : lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, la paix au Viet-Nâm, pour la fin de la ségrégation aux Etats-Unis, pour la justice sociale… Il soutient le syndicaliste Chavez et se rapproche de Martin Luther King, il dénonce avec virulence la guerre du Viet-Nâm s’attirant la vindicte de Lyndon Johnson.

Puis le 16 mars 1968, certain que Johnson dont l’image est définitivement ternie ne peut pas se représenter, il annonce qu’il brigue la présidence. Très bas dans les sondages, son charisme et sa fougue lui permettent de rattraper et de dépasser le favori, le pacifiste Eugene Mac Carthy. Il suscite alors une vague d’adhésion à nulle autre pareille : la jeunesse, les minorités, les mouvements contestataires, la nouvelle gauche américaine… Tous se rallient à sa candidature. Ses discours messianniques enflamment les foules, il incarne l’espoir de toute une nation, et bien plus encore. Il expose ses idées dans un livre-programme, « Vers un Nouveau Monde », dans lequel il trace les lignes d’un projet dépassant largement le cadre des Etats-Unis. Sa vision est ouverte sur le monde, sans nombrilisme, empreinte d’humanisme. L’avocat arrogant et brutal a laissé la place à un homme d’Etat.

Pourtant, l’histoire n’eut pas de fin heureuse, le destin est parfois tragique. Et les Kennedy semblaient atteints de ce que le journaliste Philippe Labro appelait « l’irlandisme », un mal étrange qui prend ses racines dans le caractère celte et qui consiste à prendre tous les risques, à avancer droit devant en ignorant les obstacles. Quitte à en payer le prix fort.

La candidature de Bobby Kennedy sur le site de l'INA.

30 août 2006

Le mendèsisme, une idée neuve

Tristan Mendès-France, petit fils de Pierre Mendès-France, et responsable de l'Institut éponyme vient de mettre en ligne un blog destiné à recueillir et à rendre accessible au public des archives multimédias consacrées au grand homme.

L'occasion de revenir, au risque de paraître anachronique, sur ce qui faisait le "mendèsisme". D'abord ce terme n'a jamais représenter l'allégeance à l'homme mais il désignait au contraire tout à la fois un corpus idéologique et une méthode. Un corpus qui est parfaitement résumé dans la République Moderne : socialisme économique, libéralisme politique et radicalisme philosophique ; une méthode en trois temps que Jean Lacouture a théorisée dans la biographie qu'il a consacrée à PMF : le choix, l'action et l'art de la communication (la pédagogie).

Un mythe (qu'a notamment entrenu Rocard pour mieux revendiquer la filiation de la deuxième gauche avec le mendèsisme) est celui selon lequel PMF aurait été un adepte de "l'économique d'abord". S'il est vrai qu'il fut le premier, avec son ami et conseiller Georges Boris, à traduire en français la Théorie Générale de Keynes, pour mieux en appliquer les préceptes alors qu'il était sous-secrétaire d'Etat au Trésor dans le gouvernement de Front Populaire, PMF n'a jamais - au grand jamais - réduit les problèmes économiques et sociaux à leur dimension technique. Les politiques qu'il a préconisées devaient pour réussir puiser leur force dans l'assentiment démocratique. Il avait foi dans la capacité des individus doués de raison à se muer en citoyens responsables. En cela PMF revendiquait la mise en place d'institutions politiques dans lesquelles le débat et la prise de décisions efficaces pouvaient se combiner. Il opérait un lien très clair entre les politiques publiques et le cadre républicain où elles étaient élaborées et mises en oeuvre.

Enfin, PMF c'est aussi une forme de morale où le faire et le dire se conjuguent sur le même mode, sans fioritures, sans excès, sans trahisons. Bref - mais vous l'aviez déjà compris - PMF est l'inventeur de la 6ème République !

Photo Gaby. 1954. IPMF
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