14 juillet 2011

A l'esprit de Résistance

Chaque 14 juillet, élus, familles et associations patriotiques commémorent les combats de Kernabat qui eurent lieu il y a 67 ans aux confins de Scaër et Tourc'h. Voici mon allocution prononcée à cette occasion.

Monsieur le Député,
Messieurs les Maires,
Mesdames et messieurs les Elus,
Messieurs les porte-drapeaux,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,

C’est la première fois que l'honneur m’est donné de m’exprimer dans le cadre d’une commémoration patriotique en qualité de conseiller général. Mon jeune âge ne vous aura pas échappé, et il m’a inspiré quelques réflexions sur la façon dont ma génération doit faire vivre le devoir de mémoire.

En effet, dans quelques années, les acteurs et les témoins directs ou indirects des événements de Kernabat-Quillien auront disparu. Il appartiendra alors à ceux qui restent de conserver intacte la flamme du souvenir.

Bien sûr, les faits demeureront, ils ne disparaîtront pas des livres d’Histoire. Les stèles à la mémoire des 18 jeunes maquisards tombés au champ d’honneur rappelleront aux promeneurs et aux férus d’histoire les faits qui se sont joués dans nos campagnes de Scaër et de Tourc’h le 15 juillet 1944.

L’épisode tragique du parachutage de Miné-Kervir et le piège mortel tendu par la Werchmacht constituent des faits d’armes, injustes et douloureux, qui ont marqué bien des familles ayant perdu tantôt un fils, tantôt une connaissance plus ou moins proche. Moi-même, je me rappelle toujours avec émotion le récit que m'en ont dressé mon grand-père et mon grand-oncle. Réquisitionnés le lendemain des combats par le brigadier de gendarmerie pour identifier les cadavres, ils ont gardé toute leur vie en mémoire l'image de ces jeunes hommes qui étaient des voisins, des amis, ou des collègues, et dont les corps maculés de sang étaient recouverts de mouches. L'un d'eux, abattu d'une balle derrière la tête était tellement méconnaissable qu'ils le prirent d’abord pour un autre...

Peut-être que ces 18 maquisards combattaient instinctivement, simplement pour recouvrer la liberté et le droit de choisir leur destinée et celle de leurs familles. Ils n’avaient pas le temps de faire de philosophie, ni de constater qu’ils défendaient une cause plus grande qu’eux. 67 ans après les faits, il est nous possible, par-delà la douleur, et sans occulter le digne sacrifice de nos glorieux aînés, de dépasser la réalité matérielle des combats pour comprendre l’esprit de Résistance, et continuer ainsi à le faire vivre dans le cœur et dans l’âme de la jeunesse.

L’esprit de Résistance, c’est d’abord bien sûr la révolte contre toute forme d'oppression. Car la Liberté est notre bien commun le plus précieux, celui qui cimente nos sociétés et porte toutes les autres valeurs humaines. Mais l’esprit de Résistance, c’est aussi la capacité à pardonner à ceux qui ont voulu attenter à la Liberté, à ne pas leur faire subir à notre tour ce qu’ils voulaient nous imposer. Cette capacité à pardonner porte un nom : elle s’appelle la paix.

La révolte et le pardon naissent d’une même vertu cardinale : le courage. Se révolter impose de vaincre la peur de sa propre mort ou de celle des siens, pardonner impose de dépasser la souffrance qui nous a été infligée. Cela ne va jamais sans courage.

Je ne sais lequel des deux actes est le plus difficile, mais je suis toujours impressionné par la capacité des survivants à pardonner. Leur amour de la paix est le bel héritage qu’ils laissent à la jeunesse.

Dans un monde où les atteintes à la Liberté sont quotidiennes, au moment où nous pleurons la mort de 5 soldats en Afghanistan, il faut réaffirmer sans cesse que célébrer l’esprit de Résistance n’est pas qu’un devoir de mémoire, c’est aussi et avant tout une morale de l’action qui doit alimenter notre quotidien.

Saluons l’héroïsme des morts de Kernabat-Quillien autant que celui des résistants syriens et libyens en lutte contre les sordides dictatures qui étouffent leurs peuples. Ces milliers de jeunes arabes morts ces derniers mois ne connaissent pas l’existence des maquisards de Kernabat, et pourtant, ils sont reliés à eux par la longue chaîne immanente et immuable de la Résistance, cet espoir qui pousse tout homme digne à se lever contre la tyrannie.

C’est pourquoi nous devons, aujourd’hui et demain, de Tourc’h à Tripoli, en passant par Damas, proclamer ensemble, avec toute la vigueur du monde : vive la Résistance ! vive la Liberté ! vive la Paix !

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