27 mai 2014

Commémorer la Résistance

A l'initiative du Sénat, le Parlement a adopté la loi n° 2013-642 le 19 juillet 2013 instaurant le 27 mai comme journée nationale de la Résistance. Ni fériée, ni chômée, cette commémoration a pour objet d'inviter les établissements d'enseignement à organiser des actions éducatives pour assurer la transmission des valeurs de la Résistance et du programme du Conseil National de la Résistance.

L'exposé des motifs de la proposition de loi énonçait que :

"L'instauration d'une journée nationale de la Résistance répond au besoin par chacun ressenti de rappeler le legs à tout le pays échu, de celles et ceux qui ont refusé l'occupation nazie et la collaboration institutionnalisée sous le régime de Vichy. Il s'agit d'honorer leur mémoire. Nous faisons ainsi droit à une demande ancienne et répétée des associations de résistants et d'anciens combattants.

Ce jour dédié a pour vocation la transmission et l'appropriation par chaque génération des valeurs de la Résistance, qui structurent notre société depuis plus d'un demi-siècle. Elles reposent sur la reconnaissance des droits de l'homme et des acquis de 1789, sur le refus de la capitulation et du désespoir, et plus encore, sur l'adhésion à la République dans une France libre et solidaire.

Le 27 mai 1943, Jean Moulin réunissait pour la première fois le Conseil national de la Résistance. Cet évènement historique signalait, au-delà des disparités idéologiques et politiques, une convergence de volontés et de courages. Il engageait les représentants de huit mouvements de résistance, de six partis politiques résistants et des deux centrales syndicales clandestines.

La fondation du Conseil national de la résistance a rendu possible la contribution décisive de la Résistance intérieure à la libération de notre pays. Il a également permis de jeter les bases d'un nouveau contrat social à l'ambition révolutionnaire, qui fonde encore aujourd'hui notre République. La modernité du Programme du Conseil national de la Résistance demeure entière.

Il nous appartient aujourd'hui de contribuer à la revivification des idéaux humanistes et républicains qui forment le socle de notre citoyenneté, en instaurant une journée nationale de la Résistance, fixée au jour de la date anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance."

En cette période troublée, où les fondations de la République vacillent, il n'est pas inutile de se rappeler que "l'inconscient collectif républicain" s'est construit sur la sédimentation du triple héritage de la Révolution Française (Liberté, Egalité, Fraternité), des grandes lois de la IIIème République (droit de grève, liberté syndicale, d'association, de la presse, séparation de l'Eglise et de l'Etat...) et du programme du CNR. 

Intitulé les "Jours heureux", ce programme du CNR a posé les bases de l'Etat-providence : démocratie politique et sociale (établissement du suffrage universel, organes de représentation des salariés...), "éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie", création de la sécurité sociale...

Ce modèle a fait de la France un exemple dans le monde et en Europe. Il est aujourd'hui sournoisement remis en cause par la pensée dominante qui marque le retour en force des "féodalités économiques et financières" qui ont transformé les institutions européennes en leur terrain de jeu. Paradoxalement, le Front National qui est l'héritier de la pensée vichyste a adopté une sémantique qui flatte "l'inconscient collectif républicain". Jadis, les mots de "Nation", de "Patrie", de "protection", "d'Etat social", de "puissance publique", de "souveraineté" appartenaient au champs lexical de la gauche, fervente promotrice de la régulation publique (qu'on relise Jaurès !). A force de les délaisser au profit d'une novlangue technocratique, à force de diaboliser ceux qui émettaient des impatiences et des critiques sur la façon dont l'Europe s'éloignait des peuples, il est arrivé ce qui est arrivé : un hold up du discours républicain par une formation qui le détourne vers la xénophobie et le repli.

Dans l'immense tâche de reconstruction qui attend les républicains authentiques, les idées du CNR  peuvent encore servir de boussole.

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