Le 15 février dernier, j'étais convié par les étudiants de la faculté de droit de Vannes au forum des métiers du droit à exposer mon parcours d'élu local. Alors que le débat sur la réforme territoriale s'installe, il m'a semblé utile de reprendre sur ce blog quelques uns des éléments que j'avais développés pour mieux faire comprendre l'action quotidienne d'un Conseiller général.
"Le paradoxe de votre invitation au forum des métiers du droit repose sur le fait qu'être élu n'est justement pas un métier, et qu'il est encore moins nécessaire d'être juriste pour l'exercer. Pour autant, il est vrai qu'en raison de la multiplication et la complexité des normes et des contraintes de toutes sortes, la vie publique devient de plus en plus technique et induit une forme de "professionnalisation" regrettable de la politique.
Mon parcours est le suivant. Après un Bac L, des études de droit et un passage par l'Institut d'Etudes Politiques de Toulouse, j'ai passé l'examen d'avocat en 2008, année au cours de laquelle je suis devenu Conseiller municipal. J'ai travaillé brièvement comme chargé de mission auprès d'un Sénateur, vice-président de la commission des finances avant de réintégrer le Barreau en 2010, comme collaborateur dans un cabinet d'abord, au sein du secteur droit public, avant de m'installer à mon propre compte. Pour ma part, je considère que le métier d'avocat comme mon action d'élu local sont les deux facettes d'un même engagement.
Investi par les militants de ma formation politique, j'ai été élu en 2011 Conseiller général du Finistère avec la volonté de servir le territoire où j'ai grandis. La particularité du mandat de Conseiller général, qui fait son intérêt également, est qu'il revêt une double dimension :
- Il est l'élu d'un département - le Finistère dans mon cas - et doit donc développer une vision globale des enjeux au niveau départemental au sein des commissions spécialisées où il travaille. Pour ma part, j'appartiens à la commission des solidarités qui embrasse des domaines aussi vastes que les politiques gérontologiques, celles en faveur des personnes handicapées, les politiques sportives et culturelles, la langue et la culture bretonne, la coopération décentralisée et la solidarité internationale. L'action sociale et médico-sociale traitée dans la commission des solidarités est le "coeur de métier" du Conseil général en terme de masse budgétaire. Compte tenu du volume de travail et de la nature complexe des dossiers, un Conseiller général se spécialise essentiellement dans le suivi des dossiers qui intéressent sa commission.
- Il est aussi l'élu d'une circonscription électorale : le canton. Il doit donc être attentif à l'ensemble des affaires traitées par le Conseil général qui touchent au territoire où il puise sa légitimité démocratique. Il doit y rendre des comptes et est sollicité pour de nombreux sujets qu'il relaye auprès de sa collectivité ou d'autres administrations : interventions pour des administrés dans leur relation aux administrations, soutiens aux projets des communes et des intercommunalités, à ceux des associations, des entreprises... Le mode d'élection tel qu'il existait en 2011 - scrutin uninominal - confère une grande liberté d'action en même temps qu'il oblige à être présent sur "le terrain".
Pour ma part, j'identifie trois axes dans la fonction d'un Conseiller général :
- Contrôler l'exécutif au sens large, c'est-à-dire pas seulement l'exécutif politique mais aussi son bras armé qu'est l'administration départementale (le Conseil général du Finistère recense 3000 agents répartis dans 15 directions spécialisées). Il s'agit de veiller à la bonne application du projet politique pour lequel la majorité a été élue, et le cas échéant, d'interpeller l'élu référent ou le service compétent dans le suivi de tel ou tel dossier, souvent sur la base de sollicitations locales (élus, administrés…).
- Force de proposition dans le cadre de la mise en oeuvre du projet politique afin de l'améliorer, de le rendre plus efficace. Le Conseiller général appartient souvent également à un groupe politique - j'ai la chance de siéger dans la majorité - qui est un lieu d'échanges autour de nos politiques, et où se réalisent les arbitrages.
- Faire-savoir en communiquant sur l'action politique du Conseil général mais aussi sur la sienne propre par le biais de lettres d'information et de compte-rendus de mandat.
L'emploi du temps d'un Conseiller général ordinaire - sans fonction exécutive - est variable. Il dépend en partie du nombre d'organismes où il représente sa collectivité... et de son implication ! Dans mon cas, l'exercice du mandat représente entre 2 et 4 jours par semaine selon les périodes. Je siège dans de nombreux organismes pour le Conseil général (instances paritaires, conseils d'administration d'établissements publics : Foncier de Bretagne, collège, maison de retraite, commissions locales de l'eau, comités de travail divers et variés…), ce qui implique de nombreuses réunions. Comme tout Conseiller, je participe une fois par mois à la séance de travail de la commission spécialisée à laquelle j'appartiens, à celle de la commission permanente (à qui l'Assemblée départementale délègue le pouvoir de voter nombre de décisions), plus de nombreuses réunions de travail. Le Conseil général se réunit en Session Plénière environ 5 fois l'an sur une ou deux journées. S'ajoutent à ces tâches, une fonction de représentation dans des manifestations (assemblées générales, événements sportifs...) et des permanences dans les communes du canton pour y rencontrer les citoyens.
C'est une expérience humaine très riche, qui allie proximité et gestion de dossiers plus stratégiques, au cours de laquelle les rencontres sont nombreuses et souvent passionnantes (chefs d'entreprises, acteurs du monde associatif, agricole, des administrations...)."




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