Mais quel chikungunya François Bayrou a-t-il donc contracté ? « L’UDF n’est ni à droite ni à gauche, elle est ailleurs » nous dit-il. Le congrès du parti centriste qui s’est tenu à Lyon le 28 janvier a entériné la ligne politique de son président, mais cette stratégie si elle demeure un pari prétend aussi être une doctrine pour un libéralisme social que veut incarner l’UDF.
Fondée en 1978 par VGE pour fédérer la droite non-gaulliste, l’UDF est longtemps demeurée une coalition électorale sans véritable âme, quoi de commun en effet entre les Radicaux historiquement « bouffeurs de curés » et le CDS démocrate-chrétien, ou entre les Républicains Indépendants et le CNI à tendance poujadiste ? Rien, si ce n’était le rejet du gaullisme hégémonique. Mais depuis une dizaine d’années l’UDF entame sa mue dans le but de se transformer en une grande force centriste, à défaut d’être centrale. L’idée est audacieuse et on la doit en partie à François Bayrou à la tête du parti depuis 1998. Après la « déconfessionnalisation » de la démocratie-chrétienne qui a vu le CDS devenir Force Démocrate, l’UDF s’est débarassée successivement de sa frange la plus extrêmiste qui a rejoint Démocratie Libérale (DL) au côté d’Alain Madelin. Enfin, le « contrat manqué » passé par Chirac avec Douste-Blazy en 2002 sur sa tête permet l’avènement de la « Nouvelle UDF », monolithique, homogène et solidaire de son chef, plus gourou que messie.
La droitisation sans complexe de l’UMP et les dérives populistes de Sarkozy ont fini de faire passer le leader de l’UDF pour un modéré. Mais plus qu’une posture, prêtons lui le crédit d’une mutation idéologique effectuée sous l’égide d’une nouvelle génération de cadres qui refusent le bipartisme et les idéologies héritées du 20ème siècle, les Morin, Sarnez, Bourlanges, Perruchot qui prônent une rupture avec une droite qui heurte leur « humanisme chrétien ».
L’acte premier de la stratégie Bayrou fut la création d’un Parti Démocrate européen, avatar des Démocrates américains, qui réunit des formations telles que les Lib-Dems britanniques, ou les Italiens de DS (Démocrates de Gauche, membres de l’Olivier de Prodi, et à ce titre interlocuteurs des socialistes français). A bien des égards, ces alliés servent d’exemples à Bayrou. Les Lib-Dems, s’ils restent profondément libéraux dans leurs votes au Parlement européen, ont réussi à déborder Blair sur sa gauche lors des législatives de 2005 : refus de la guerre en Irak, ancrage pro-européen réaffirmé, attaques contre Blair accusé d’avoir échouer dans le redressement des services publics et dans lutte contre la pauvreté… Les électeurs accordèrent une soixantaine de sièges en plus au Libéraux-démocrates au détriment des Travaillistes. Quant aux Démocrates de Gauche, leur anti-berlusconisme ne les empêche pas de considérer que l’économie de libre-échange n’a pas que des inconvénients.
L’acte 2 du pari Bayrou se traduit par ses prises de position qui revêtent un double objectif : apparaître comme le premier opposant à l’UMP tout en prenant des parts de marchés à un PS oscillant entre renoncement de soi et vieilles lunes, le tout dans une perspective présidentielle. Ainsi François Bayrou a réaffirmé son soutien à une taxation de type Tobin alors même que certains socialistes l’estiment irréalisable. Durant l’été, il fut le plus virulent détracteur de la privatisation des sociétés d’autoroutes - entamée par le gouvernement Jospin - qui privera l’Etat des ressources nécessaires au financement de nouvelles infrastructures, il n’hésita pas à condamner l’usage des ordonnances instaurant le CNE. Il prend des accents « montebourgeois » pour fustiger la dérive clanique de la Vème République et appeler de ses vœux un nouveau régime. Il n’est pas le dernier à dénoncer le Contrat Première Embauche, instrument à précariser la jeunesse. En fait Bayrou essaie de devenir… vraiment centriste !
Il est vrai qu’il apprécie les approches toutes en rondeur, modérées et « modernes » (entendre par là l’acceptation des lois du marché comme outil de redistribution à condition qu’elles soient un minimum encadrées). N’est-il pas l’un des plus fervents admirateurs de Jacques Delors, ancien porte-drapeau des chrétiens de gauche ? De même, il n’hésita pas en 2004 à proposer une tête de liste à Michel Rocard en vue des élections européennes dans l’éventualité ou le PS ne lui aurait pas accordé son investiture. Ce n’est pas son coup d’essai puisqu’il avait réussi à débaucher son ancien directeur de cabinet à Matignon, Christian Blanc, qui s’est fait élire député sous l’étiquette UDF. Quand la « troisième voie » drague la « deuxième gauche ».
L’acte 3 est la mise en pratique de cette stratégie. La législative partielle en septembre à Lille a pu servir de test après l’échec relatif des régionales de 2004. Le candidat local Olivier Henno affrontait l’ancien ministre UMP Marc-Philippe Daubresse et la socialiste Martine Filleul. M. Henno usa d’une rhétorique sociale-démocrate peu coutumière destinée à piller la base électorale du PS, il parvint ainsi à éclipser la socialiste qui fut éliminée au premier tour. Par dépit, elle dénonça les « manœuvres d’Olivier Henno qui a mené une campagne d’extrême-gauche (sic) ». La situation relève bien trop d'un particularisme local pour en tirer des conclusions générales mais il conforte Bayrou dans la voie qu’il a choisie. Pourtant rien n’indique dans les sondages d’opinions que les Français adhèrent à sa démarche. Prôner la rupture quand on participe – même du bout des doigts – au gouvernement Villepin, ou quand les groupes parlementaires UDF votent la majorité des textes reste peu crédible. De plus la présidentialisation induite par la Vème République entretient un système de « quadrille bipolaire » où la droite UMP/UDF doit se partager une base électorale commune. Quand le patron de l’UDF aura à choisir une alliance au second tour de la présidentielle et des législatives, nul ne doute que le centre retrouvera sa droite.
La droitisation sans complexe de l’UMP et les dérives populistes de Sarkozy ont fini de faire passer le leader de l’UDF pour un modéré. Mais plus qu’une posture, prêtons lui le crédit d’une mutation idéologique effectuée sous l’égide d’une nouvelle génération de cadres qui refusent le bipartisme et les idéologies héritées du 20ème siècle, les Morin, Sarnez, Bourlanges, Perruchot qui prônent une rupture avec une droite qui heurte leur « humanisme chrétien ».
L’acte premier de la stratégie Bayrou fut la création d’un Parti Démocrate européen, avatar des Démocrates américains, qui réunit des formations telles que les Lib-Dems britanniques, ou les Italiens de DS (Démocrates de Gauche, membres de l’Olivier de Prodi, et à ce titre interlocuteurs des socialistes français). A bien des égards, ces alliés servent d’exemples à Bayrou. Les Lib-Dems, s’ils restent profondément libéraux dans leurs votes au Parlement européen, ont réussi à déborder Blair sur sa gauche lors des législatives de 2005 : refus de la guerre en Irak, ancrage pro-européen réaffirmé, attaques contre Blair accusé d’avoir échouer dans le redressement des services publics et dans lutte contre la pauvreté… Les électeurs accordèrent une soixantaine de sièges en plus au Libéraux-démocrates au détriment des Travaillistes. Quant aux Démocrates de Gauche, leur anti-berlusconisme ne les empêche pas de considérer que l’économie de libre-échange n’a pas que des inconvénients.
L’acte 2 du pari Bayrou se traduit par ses prises de position qui revêtent un double objectif : apparaître comme le premier opposant à l’UMP tout en prenant des parts de marchés à un PS oscillant entre renoncement de soi et vieilles lunes, le tout dans une perspective présidentielle. Ainsi François Bayrou a réaffirmé son soutien à une taxation de type Tobin alors même que certains socialistes l’estiment irréalisable. Durant l’été, il fut le plus virulent détracteur de la privatisation des sociétés d’autoroutes - entamée par le gouvernement Jospin - qui privera l’Etat des ressources nécessaires au financement de nouvelles infrastructures, il n’hésita pas à condamner l’usage des ordonnances instaurant le CNE. Il prend des accents « montebourgeois » pour fustiger la dérive clanique de la Vème République et appeler de ses vœux un nouveau régime. Il n’est pas le dernier à dénoncer le Contrat Première Embauche, instrument à précariser la jeunesse. En fait Bayrou essaie de devenir… vraiment centriste !
Il est vrai qu’il apprécie les approches toutes en rondeur, modérées et « modernes » (entendre par là l’acceptation des lois du marché comme outil de redistribution à condition qu’elles soient un minimum encadrées). N’est-il pas l’un des plus fervents admirateurs de Jacques Delors, ancien porte-drapeau des chrétiens de gauche ? De même, il n’hésita pas en 2004 à proposer une tête de liste à Michel Rocard en vue des élections européennes dans l’éventualité ou le PS ne lui aurait pas accordé son investiture. Ce n’est pas son coup d’essai puisqu’il avait réussi à débaucher son ancien directeur de cabinet à Matignon, Christian Blanc, qui s’est fait élire député sous l’étiquette UDF. Quand la « troisième voie » drague la « deuxième gauche ».
L’acte 3 est la mise en pratique de cette stratégie. La législative partielle en septembre à Lille a pu servir de test après l’échec relatif des régionales de 2004. Le candidat local Olivier Henno affrontait l’ancien ministre UMP Marc-Philippe Daubresse et la socialiste Martine Filleul. M. Henno usa d’une rhétorique sociale-démocrate peu coutumière destinée à piller la base électorale du PS, il parvint ainsi à éclipser la socialiste qui fut éliminée au premier tour. Par dépit, elle dénonça les « manœuvres d’Olivier Henno qui a mené une campagne d’extrême-gauche (sic) ». La situation relève bien trop d'un particularisme local pour en tirer des conclusions générales mais il conforte Bayrou dans la voie qu’il a choisie. Pourtant rien n’indique dans les sondages d’opinions que les Français adhèrent à sa démarche. Prôner la rupture quand on participe – même du bout des doigts – au gouvernement Villepin, ou quand les groupes parlementaires UDF votent la majorité des textes reste peu crédible. De plus la présidentialisation induite par la Vème République entretient un système de « quadrille bipolaire » où la droite UMP/UDF doit se partager une base électorale commune. Quand le patron de l’UDF aura à choisir une alliance au second tour de la présidentielle et des législatives, nul ne doute que le centre retrouvera sa droite.
Mais le problème n’est pas tant pas le devenir de l'UDF que ses conséquences sur la Gauche et le PS. En 2002, seuls 13% des employés et des salariés ont accordé leur confiance à Lionel Jospin, la base sociale naturelle du PS s’est détournée de lui au profit des extrêmes. Le candidat socialiste obtenait par contre 16% du vote des cadres et professions intellectuelles et 14% des professions intermédiaires. Outre le poids des fonctionnaires, le score du PS repose donc sur ces catégories d’électeurs dont le portrait-robot correspond à un habitant d’un grand centre urbain, diplômé, intégré socialement et économiquement, sensible au discours de justice sociale mais déconnecté des réalités des couches populaires, électeur type de centre-gauche qui vote Delanoé à Paris ou Ayrault à Nantes. Pour résumer un « bobo » qui vota « oui » le 29 mai et qui pourrait se laisser séduire occassionnellement par le discours recentré de Bayrou. Le PS n’a déjà plus le soutien des salariés (cf le référendum), si Bayrou lui soustrait une partie des classes moyennes il n’est pas sûr d’atteindre le second tour en 2007. D’ailleurs l’aile droite du PS incarnée par Rocard, Kouchner ou Bockel considère Bayrou plus fréquentable que certains de leurs camarades et anticipent une nouvelle Troisième Force avec le centre…




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