15 février 2006

Un diagnostic pour le PS ?


Un texte de Pierre Mendès France à l'actualité criante après le Congrès du Mans

Les partis
Que des hommes qui partagent les mêmes convictions se réunissent pour les répandre ou les défendre en commun, c’est légitime, respectable, et même nécessaire à la confrontation des idéologies et des programmes. Mais justement, parce que les partis ont souvent oublié dans le passé leurs idéologies et leurs programmes – ou les ont sacrifiés à des fins immédiates – ils sont aujourd’hui dévalorisés ou discrédités. C’est ce qu’on appelle la crise des partis. (…)
En fait, il est bien vrai qu’ils n’ont pas fait l’effort d’adaptation nécessaire et que leur fonctionnement, leurs méthodes n’ont guère changé, ce qui donne de plus en plus l’impression qu’ils se meuvent dans l’abstrait et dans l’irréel, qu’ils s’obstinent tantôt dans des querelles dépassées avec des mots qui ne le sont pas moins, tantôt dans l’attente d’un monde futur dont la venue est indéfiniment ajournée. Le militant consacre ses soirées à des discussions dont il sent souvent la vanité, à des rédactions de motions qui n’auront guère de suite ; il s’épuise à vendre des journaux, à coller des affiches, à faire du porte à porte pour un public de plus en plus indifférent, il assiste à des manifestations sans lendemain. Le résultat de ses efforts, et parfois de ses sacrifices, ne lui apparaît pas. (…)
Ce qu’il faut souhaiter, c’est qu’ils mettent cette période à profit pour faire leur examen de conscience et tirer des évènements auxquels ils ont participé les enseignements nécessaires. S’ils ont été faibles dans le passé, c’est parce qu’ils ne sont pas demeurés assez inflexiblement fidèles à leur vocation, à leurs engagements, et c’est avant tout ce que chacun leur reproche. Pour éviter de retomber dans cette faute contre la démocratie, il leur faut revenir à la démocratie. Et tout d’abord dans le fonctionnement interne : le parti ne doit pas être la chose, l’instrument d’un petit noyau de spécialistes de la politique (ce qu’on appelle l’appareil), mais l’organe par lequel s’expriment la volonté et les aspirations de tout un secteur d’opinion. Il ne peut remplir ce rôle que si la base, les adhérents, les militants, exigent de retrouver voix au chapitre. La réforme, la réanimation des partis passent par là. (…)
Mais elles passent aussi par la mise à jour de leurs programmes. (…) Il y a cinquante ou quatre-vingts ans, on savait bien ce que ferait tel parti (le parti socialiste, le parti radical, par exemple) si le pouvoir lui était confié. Le sait-on encore aujourd’hui ?
La République moderne, in Pierre Mendès-France, œuvres complètes, t. 4, pp. 871 et suivantes, Gallimard, 1987.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est vrai que la pensée de Mendès, on l'a vu quand nous avns préparé tous les deux la journée d'été de la C6R, offre au fil des pages de nombreuses et cruelles références à l'actualité !
Amitiés
Emile

Michel Loussouarn a dit…

He oui Emile, tu auras reconnu là un extrait que nous avions lu cet été, la littérature mendésienne a ceci de fort qu'elle est aussi limpide qu'intemporelle...

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