02 septembre 2009

Mi-figue, mi-raisin

Au lendemain de l'université de la Rochelle, les commentateurs donnaient le PS ragaillardi. Il faut dire qu'on revenait de loin avec le Congrès de Reims... Le discours d'ouverture de la Première Secrétaire applaudi par les militants fut salué par les observateurs qui y voyaient enfin le signe de la "rénovation". Après les assauts estivaux sur les "primaires" qui commençaient à agacer, le temps de la réflexion de fond était venu. La lecture des comptes-rendus des ateliers montrent en effet que cette année, les militants ont vraiment "bossé". 
Mais il faut rester lucide, ce que les médias ont relayé sont avant tout les "primaires" et "le non-cumul". Bref, la cuisine, l'intendance... Disons-le tout net, la rénovation du PS, les Français l'attendent sur le terrain des idées, ils veulent des clarifications entre les discours et les actes sur les grandes thématiques économique, sociale, écologique, européenne... La "rénovation" annoncée vendredi dernier ne les concernent que de loin. Par contre, et c'est vrai, elle intéresse au premier chef les militants. Car elle n'est rien d'autre qu'une nouvelle clef de répartition du pouvoir au sein du parti : les primaires pour départager les présidentiables, le "non-cumul" pour permettre à une génération qui se sent freinée par la précédente d'accéder enfin aux premières loges. 
Concernant les primaires, ça fait longtemps que je crois qu'il s'agit d'une bonne idée, et je me réjouis que les détracteurs des adhésions à 20 euros - qui s'inscrivaient pourtant dans le même esprit - aient changé d'avis... Mais la prudence commande que ce débat n'ait pas lieu en catimini, à la va-vite. Car elle peut être à double tranchant : ou bien le candidat ainsi investi gagne l'élection présidentielle et créé une dynamique nouvelle, ou bien il perd et la gauche - PS en tête - entre dans un coma profond.  En effet, accepter l'idée de primaires revient à reconnaître implicitement que les partis et leurs bases militantes sont en décalage avec la "France réelle" et qu'il faut les ouvrir sur la société. Si ça fonctionne, on est revigoré, si ça échoue les primaires apparaîtront rétrospectivement comme un suicide.
La limitation des cumuls fait déjà couler beaucoup d'encre et de salive dans le landerneau socialiste. J'avoue avoir accueilli favorablement l'annonce de Martine Aubry dans un premier temps : enfin, me disais-je, nous aurons une Première Secrétaire à temps plein qui délestée d'un de ses mandats de la mairie ou de la communauté d'agglomération lilloise passera plus que deux jours par semaine à Solférino; enfin, nous aurons les mêmes règles pour tout le parti, dans toutes les fédérations. Hélas, les déclarations "off" dans la presse indiquent que ça ne s'appliquerait pas avant 2012, et encore, il n'est plus question de non-cumul mais de "cumul intelligent". Faut-il attendre que ses ami(e)s aient pris leur retraite politique pour appliquer des règles "drastiques" ? Soyons clairs, la rénovation on l'a fait vraiment ou on l'a fait pas.  
Et puis, pourquoi limiter la consultation aux cumuls des mandats ? Quid du cumul des fonctions dans le parti (les fameux députés-premiers fédéraux-membres du bureau national-membres du secrétariat national) ? Quid de la composition sociologique du parti (fonctionnaires, permanents politiques... ) ?
Le débat sur la limitation du cumul mérite donc d'être mené sous tous ses aspects, avec rationalité, en s'attaquant d'abord aux causes de cette particularité française (bien qu'elle existe aussi à l'étranger) : caractère unitaire de l'Etat, statut de l'élu... et en distinguant bien le cumul local et le cumul parlementaire. Ce débat nécessite plus que des assertions simplistes, voire populistes, entendues dans les troquets ou lues sur la blogosphère : "les élus se font du fric sur le dos des Français". Car le PS ne se relèverait pas d'un vaste mouvement qui verrait ses militants mettre à l'index des élus dont on loue par ailleurs la saine gestion et l'inventivité dans les collectivités qu'ils dirigent, surtout que les élus de droite sont loin d'être des parangons de vertu ou de bons gestionnaires...
Il faut aussi dire la vérité aux Français, instaurer le non-cumul pour les mandats locaux dans le temps et dans l'espace, ça veut dire augmenter les indemnités d'élus et créer une "sécurité sociale professionnelle des élus" payée par les citoyens pour permettre à tous les Français, et pas uniquement aux fonctionnaires ou aux retraités, de briguer des mandats exécutifs avec la conscience tranquille le jour où leur mandat se termine. En clair, le non-cumul coûtera plus cher aux contribuables que le cumul, puisqu'il y aura plus d'élus bénéficiant de meilleures garanties. Prétendre le contraire, c'est de la démagogie.
Agiter des principes en l'air, c'est facile, maintenant il faut ouvrir le dossier sous ses angles techniques et politiques, ça demande un délai plus long que la date du 1er octobre ne le permet. Et puis, si la consultation militante du 1er octobre évitait la concertation sur ces questions pour prendre la forme d'un plébiscite ("oui" ou "non"),  j'irai à la pêche ce jour-là. Ca ne fait pas partie de ma culture républicaine. De même, si notre activité militante devait se borner à ces questions, je prendrai des vacances : je préfère réfléchir aux solutions à apporter aux inquiétudes des pêcheurs, des agriculteurs en détresse, et de tous les salariés de notre circonscription angoissés pour leur avenir. La politique, c'est d'abord du concret, ne l'oublions jamais.

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