20 novembre 2008

Impressions rémoises

De retour de Reims, j'ai attendu quelques jours de "décantation" pour exprimer mes sentiments sur le Congrès. Les analyses "à chaud" laissent souvent peu de place à la raison, privilégiant le champs des émotions parasites telles que la colère. La lecture des commentaires acerbes, et des sentences à l'emporte-pièces prononcés dans la presse par certains responsables finistériens me conforte dans l'idée qu'il faut savoir tourner sept fois sa langue au risque de se ridiculiser...

Un Parti à l'âme morte ?

Je ne reviens pas sur les événements du Congrès, ils ont été suffisamment relatés par les médias sans qu'il soit besoin d'y ajouter. Je retiens surtout l'impression d'un rite désuet, dont je cherche vainement l'utilité. Ces procédures, cette "commission des résolutions" au beau milieu de la nuit, ces conciliabules dans les bistrots rémois, tout cela participe d'une sorte de tragi-comédie dont le scénario est connu d'avance. S'il fallait le qualifier, il me vient à l'esprit le trait d'humour d'Edgar Faure à propos de la procédure parlementaire : "liturgie, litanie, léthargie". Si on ajoute des comportements qui n'ont pas leur place dans un cénacle socialiste, on obtient ce désastre qui nous fait passer pour des rigolos devant les Français.
On se consolera en pensant qu'ailleurs ce n'est guère mieux... Mais tout cela, il faudra le changer.

Le Prince et le Philosophe

A mes yeux, deux personnalités ont indubitablement survolé les débats. Laurent Fabius d'abord. C'est une bête de Congrès, un animal politique incroyable. Un discours comme d'habitude ficelé, ciselé au millimètre. Une dénonciation pédagogique de la droite, des attaques allusives mais fermes contre Ségolène Royal, et ce fut l'acclamation de ses partisans. J'ai bien compris que c'est lui qui tire les ficelles de la motion D. Fabius et Aubry, c'est le Prince de Machiavel et la marionnette... Si Martine devient Première Secrétaire, je lui donne une année de règne tranquille.  Dès la fin des régionales, les Fabiusiens sortiront les coûteaux. Ils ont toujours fait ainsi... Il faut la naïveté d'une Le Branchu ou d'un Montebourg pour se croire plus malins qu'eux. D'autant que les "strausskahniens" ne trompent personne non plus, ils aspirent au chaos pour espérer le retour de leur maître, tel le sauveur...

Le deuxième homme du Congrès c'est Vincent Peillon. Lui aussi s'est révélé un orateur puissant, plein d'assurance. Sans note, il est monté à la tribune et a répondu point par point aux attaques montées de toute pièce contre Ségolène Royal. Tel un joueur de fond de cours, il ramenait toutes les balles. Il m'a impressionné. Je le savais déjà brillant tacticien, mais il est également bon sur le champ de bataille. J'ai bien senti qu'il est l'élément de stabilité du courant, à la fois intellectuel et chef d'état-major. Le Parti a résolument besoin d'hommes comme lui parmi ses dirigeants.

Ceux qui ont déjà porté atteinte à l'identité du PS...

Ségolène Royal serait une menace pour « l’identité du parti ». Elle est accusée de vouloir créer un Parti Démocrate. Pourtant "l'américanisation" est à l'œuvre depuis bien longtemps. Elle est la conséquence de la présidentialisation de la Ve République. Cette présidentialisation est le fruit de deux réformes de Lionel Jospin, à savoir le quinquennat qui aligne le mandat du président sur celui des députés et l'inversion du calendrier électoral qui fait précéder son élection sur celle de l'assemblée.

Désormais, plus que jamais, la fonction parlementaire est dégradée. La majorité parlementaire procède de l'élection du président, car il y a peu de chances que les Français se déjugent en quelques semaines. Le Parlement n'est plus qu'une chambre d'enregistrement.

 L'américanisation de notre parti est aussi le résultat de la volonté de Lionel Jospin de faire élire le Premier Secrétaire au suffrage direct des militants par un vote découplé de celui des motions d'orientation. Derrière l’apparence d’une démocratie militante, il s’agissait de calquer notre organisation sur l’élection présidentielle. Celle-là même qui est la cause directe du pugilat permanent qui agite la direction du parti depuis 2002. Pourtant, il n’y a pas si longtemps notre Premier Secrétaire était élu par les instances du parti en tenant compte du score des motions...

Dès lors qu'on a présidentialisé le pays et le parti, il était évident que nous nous exposions au risque de personnaliser nos débats. C’est ainsi que les idées marquent le pas derrière les jeux tactiques. DSK était le premier à l’avoir compris. Il proposait la mise en place d'un régime présidentiel sur le modèle américain avec son lot de marketing politique auquel lui et ses amis ont abondamment eu recours...

En 2005 lors du Congrès du Mans, avec Arnaud Montebourg, nous étions quelques-uns à avoir fait un choix opposé. Nous nous sommes battus pour renouer avec la tradition parlementaire. Nous avons échoué, j'en ai pris acte. Ceux qui appellent à voter Martine Aubry au nom du refus de la présidentialisation du parti sont les mêmes qui nous ont fait échec au Mans. Ce sont eux qui ont dénaturé notre parti.

Pour ma part, j’ai tiré les conséquences du fonctionnement de la Ve République. Je crois fermement qu’il faut adapter notre parti à la logique des institutions, afin de se mettre en ordre de bataille contre Sarkozy.

Car si nous voulons changer les institutions, il faut d'abord les conquérir. C’est la leçon de Mitterrand, celle d’Epinay, celle qui nous a conduit au 10 mai 1981.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Il est vrai que le parti socialiste, à sa tête, est morcelé, vous l'avez d'ailleurs brillamment exposé. Mais nous savons l'impact d'une telle atomisation sur les adhérants et militants au parti, et plus encore, sur les indécis. Ainsi, ne vaudrait-il pas mieux fédérer les courants du parti sous l'oeil bienveillant d'un homme ayant une personnalité capable de « mettre [les socialistes] en ordre de bataille contre Sarkozy », et ainsi sauver les apparences, si importantes au sein de la Ve République (institution qu'il convient de conquérir comme vous dites)? Pour éclairer ma pensée: Strauss Kahn, déjà reconnu par le monde entier de par son entrée à la direction générale du FMI, et son « marketing politique » est-il l'avenir du parti socialiste?

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