10 février 2007

Impressions de campagne

Les grands médias ont choisi leur camp

Les présentateurs complaisants et les doctes éditorialistes qui pissent les mêmes pages depuis trente ans ont choisi leur camp : pour eux, c'est Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal a décidemment grand tort d'être une femme. Ils n'acceptent pas qu'elle remette en cause leur bienpensance, leur complaisance vis à vis du pouvoir est patente. Ils ne sont pas de droite, ils sont simplement des laquais à la plume serve qui voient dans les grands clercs du régime ce qu'ils n'ont pas pu devenir. Prêts à lécher les bottes du pouvoir en place, entretenant l'esprit aulique de la Vème République, ils tremblent à l'idée de tomber en disgrâce auprès de celui qu'ils rêvent de voir hisser sur le pavois. Fidèles féaux, ils n'ont pas attendu les consignes des patrons de presse pour déclarer que Ségolène Royal est "incompétente". Le jour où ils oseront demander à Nicolas Sarkozy quel est le PIB de l'Azerbaïdjan avec la même insistance qu'ils questionnèrent notre candidate sur le nombre de sous-marins nucléaires n'est pas pour tout de suite. Qu'ils continuent, on a vu le succès de telles méthodes pendant le référendum européen...

Encore Bayrou, toujours Bayrou

Un voilà un qui nous chauffe les oreilles ! J'ai toujours considéré qu'il allait être le danger premier dans cette campagne. Non pas à cause de ses probabilités d'accéder au second tour, mais plutôt en raison du risque qu'il nous ampute des voix nécessaires pour qualifier notre candidate. Bayrou se trompe, il se rêve en leader d'un gouvernement d'union nationale et ne manque jamais de vanter l'exemple allemand. Un exemple frappant en vérité.

Contrairement à ce que prétend Bayrou, les Allemands n'ont pas souhaité voir la CDU et le SPD gouverner ensemble, ils ont renvoyé dos à dos les deux grandes formations. Le système fédéral obligeait Schröder à négocier ses projets de réforme avec les länders, majoritairement dirigés par la CDU. De fait, les réformes appliquées en Allemagne sur les retraites ou sur l'indemnisation du chômage n'avaient rien de social-démocrate ; les Allemands ont été aussi déboussolés que les Français durant la cohabitation, ils ont voulu taper dans la fourmillère. Le système électoral a fait le reste... En même temps, et c'est un signal inquiétant, les néo-nazis ont fait leur entrée dans certains länders de l'Est. Il n'y a donc que Bayrou pour voir dans le gouvernement de "grande coalition" un modèle pour la France. D'ailleurs, s'il parvenait à mettre sur pied un gouvernement semblable dans la plus grande confusion, lors de l'élection suivante l'extrême-droite exploserait ses scores puisque les Français rendraient corresponsables la gauche et la droite. Et puis Bayrou a beau jeu de dénoncer l'attitude des médias aux mains des grands patrons, lui aussi publie ses livres chez des marchands d'armes...

Une bonne démocratie est une démocratie bien latéralisée, avec une gauche et une droite, ce qui n'exclut pas la présence d'un éventail de toutes les sensibilités.

Mais après tout, la faute n'incombe pas à Bayrou. Il a le droit de tenter sa chance et de se bercer d'illusions. Les responsables sont à chercher au sein du PS. De la même manière que Sarkozy participe à la "lepénisation" de l'électorat de droite par ses discours populistes, certains socialistes ont contribué à la "bayrouisation" d'une partie de notre électorat. Depuis cinq ans, notre parti n'a pas été assez ferme sur ses valeurs, une partie de ses dirigeants affirmant tout et son contraire. Pas étonnant que certaines catégories socio-professionnelles traditionnellement favorables à la gauche se posent des questions aujourd'hui, commes les enseignants nous disent certaines études d'opinions.

La part des anges

Connaissez-vous la différence entre le Cognac et l'Armagnac ? Mon camarade et ami Jérôme Royer, maire de Jarnac, distillateur devant l'Eternel, vous répondrait que c'est la différence qui existe entre le parfum et l'eau de toilette. Le premier est distillé deux fois, ce qui affine ses saveurs, tandis que le second ne l'est qu'une seule fois. La part des anges est ce qui disparaît dans l'évaporation. Je me demande comment va être "distillé" notre projet socialiste : Armagnac ou Cognac ? Au commencement, il y avait la motion de synthèse du Mans, puis le Projet sorti d'une commission ad hoc, enfin les débats participatifs pour finaliser le programme de la candidate. Et si nous sommes élus, il faudra encore compter sur les arbitrages ministériels, quelle sera la part des anges ?

Quoiqu'il en soit il faudra tirer le bilan de la méthode participative qui a été utilisée. Efficace pour corriger la démocratie représentative, l'introduction du processus participatif dans nos institutions est nécessaire. Pour élaborer un programme, elle semble plus aléatoire dans la mesure où elle a pu accréditer l'idée que nous avions besoin de cette "phase d'écoute" pour être au contact des Français, or nos 200 000 militants et nos dizaines de milliers d'élus sont quotidiennement en relation avec la population, ils savent ce qui préoccupe les Français depuis 5 ans que la droite gouverne.

Peu importe, dorénavant ce qui compte c'est la phase finale de la campagne. Ségolène Royal reprendra du poil de la bête dans les sondages quand elle dira clairement : " je vais leur prendre le pouvoir et vous le rendre".





2 commentaires:

Anonyme a dit…

Oui mais en France la priorité c est de combattre le National-Socialisme de Le Pen et le Rassisme de Sarkozy.

Michel Rocard a eu raison de nos prevenir

http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/elysee_2007/20070414.OBS2022/alliance_royalbayrou__michel_rocardregrette_linertie_du.html?idfx=RSS_elysee_2007

Michel Loussouarn a dit…

Rocard se trompe. Personne au PS ne serait contre une alliance avec Bayrou si elle se faisait sur une base programmatique. Ce n'est pas le cas, faire croire comme Rocard et Kouchner qu'une coalition électorale UDF/PS est envisageable c'est laisser croire aux Français qu'il y a une indifférenciation entre les programmes du centre droit et du ps, c'est instiller le doute dans l'opinion public, c'est donc jouer contre la candidature Royal.
Bayrou n'a qu'à faire un geste envers le PS s'il est sincère, il ne le fait pas. La vérité c'est qu'en mettant dans le même panier UMP et PS, il fait monter ce que vous appelez le "national-socialisme de le pen"...

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