25 novembre 2006

Croissance, mondialisation : deux idées reçues

Plus ou moins consciemment, beaucoup de socialistes intègrent dans leurs réflexions deux vraies-fausses idées qui justifient selon eux le discours ambiant depuis une vingtaine d’années. Les théoriciens de la nouvelle "social-démocratie" s’appuient sur des postulats réfutables, ces failles conceptuelles laissent transpirer une forme de fatalisme à l’origine du désenchantement de nos compatriotes pour l’action politique. Si les élus ne peuvent rien à quoi bon voter ? Les socialistes ont été les victimes de leurs propres renoncements par deux fois : le 21 avril et le 29 mai. Il ne tient qu’à eux de ne pas recommencer. A nous de renouer avec la volonté politique.

« Sans croissance, on ne peut pas mener de politiques sociales »

Oui c’est vrai… mais pas tant que ça si on réfléchit bien. Cette assertion entendue dans les discours tant de droite que de gauche signifierait que sans croissance forte les gouvernants n’ont aucune marge de manœuvre pour garantir un niveau de protection élévé. Certains à gauche considèrent ainsi que le degré d’inégalité et l’évolution démographique font qu’il devient impossible pour l’Etat-providence traditionnel d’opérer une redistribution (c’est à dire de corriger les inégalités a posteriori par le biais de dépenses de transfert). Ils préfèrent envisager ce qu’ils nomment le "socialisme de production", autrement dit un système qui endiguerait la formation des inégalités dès l’origine par la création de richesses en quantité suffisante pour tous (« la croissance durable »). Séduisant en théorie, mais difficile en pratique.
Si l’on considère le taux de chômage qui est celui de la France et la profondeur des déficits des comptes publics et sociaux, il nous faudrait une croissance extrêmement forte.

Or même avec une croissance faible en pourcentage, telle que celle nous connaissons depuis quelques années, en volume la France demeure un des pays les plus riches. Suffisamment riche en tout cas pour satisfaire les besoins de sa population.

La solution au problème n’est pas tant la croissance que les outils dont l’Etat décide de se dôter pour ponctionner les richesses là où elles se trouvent. Or en France, les prélèvements obligatoires reposent essentiellement sur la production de richesse et non sur l’accumulation de celle-ci. L’activité économique et le travail sont beaucoup plus taxés que la rente. Un chiffre révélé par l’Observatoire des inégalités est à lui seul significatif : 10% de la population française possèdent à eux seuls 46% du patrimoine. Si une telle situation existe c’est parce que la fiscalité le permet, et en ce domaine les socialistes n’ont pas toujours été clairvoyants quand ils étaient aux affaires… Ainsi la captation d’une grande partie du revenu national se tranforme en « biens de mains mortes » sur lesquels est confortablement assise une minorité qui échappe à l’effort de solidarité.

Alors oui, avec le système redistributif qui est aujourd’hui le nôtre il nous faudra une croissance à deux chiffres pour redresser le pays ! Mais comme c’est une hypothèse peu probable on peut simplement penser que la réalisation de la justice fiscale suffirait. Cela aurait également l’avantage de nous permettre de sortir de la culture du productivisme mais il faudra du courage aux socialistes pour adopter une réforme d’une telle ampleur.

« La mondialisation est un fait qui s’impose à tous »

Conceptualisée comme une force endogène irrésistible, la mondialisation justifierait à elle seule l’abandon par les Etats de leur souveraineté économique. Certes le développement des moyens de transport moderne et la dématérialisation des titres financiers ont facilité le processus, mais comment nier que la mondialisation est aussi le résultat de la prise de contrôle des leviers économiques par les néo-libéraux ?

Après la seconde guerre mondiale, la création d’institutions internationales répondait à un souci de régulation économique pour endiguer la montée des inégalités entre pays et les risques qu’elle fait peser sur la paix et la démocratie. Puis les instruments de régulation sont devenus les fers de lance du libre-échangisme : le FMI et ses plans d’ajustement structurels, les AGCS dans le cadre de l’OMC, le marché intérieur européen etc.
A chaque fois des pays puissants – dont la France – jouèrent de leur poids politique afin de pousser d’un cran la libéralisation des marchés. Or ce que la volonté politique a fait, elle peut le défaire.
C’est même une nécessité. Plusieurs experts vont jusqu’à parler de « démondialisation ». De quoi s’agit-il ? D’un phénomène qui appellera demain à une recomposition des marchés. La raréfaction annoncée du pétrole dans les prochaines décennies bouleversera l’organisation des économies pour une raison simple : il reviendra plus cher à une entreprise de faire fabriquer ses produits en Asie et de les vendre en Europe car la facture financière et écologique rendra nécessaire le rapprochement des lieux de production des bassins de consommation, les entreprises qui délocalisent aujourd’hui en raison du coût du travail pourraient demain relocaliser en raison des coûts de transport.

C’est cela la démondialisation, un fait qui s’imposera à tous. Autant l’anticiper et faire de la France un pays précurseur plutôt que la subir passivement dans 30 ans.

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