10 juin 2006

PS : état du projet et avantages comparatifs des candidats


Un an après le rejet du Traité européen, et alors qu’il est devenu évident que le « non » était trop divers pour structurer une recomposition du paysage politique, le Parti Socialiste prépare les échéances à venir dans la confusion.

A sa gauche, un maëlstrom évanescent qui se dit « antilibéral », qui sait ce qu’il ne veut pas mais qui demeure incapable de forger un projet homogène et crédible : l’ouvrièrisme de la LCR peine à s’accorder à l’écologie paysanne de Bové ou à l’altermondialisme défendu par Attac. Les Verts n’ont plus de crédibilité à cause de leurs luttes intestines. Quant au PC, même s’il pèse sur la gauche, il n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut.
A droite, la « rupture » de Sarkozy va bon train. Sa réussite médiatique tient aussi au fait qu’il renouvelle le discours politique. Décomplexé, populiste, dangereux, son action s’appuit sur une nouvelle génération de cadres qui remplacent la vieille garde chiraquienne ayant fait ses classes sous Pompidou.
Face à ce péril et à l’impotence de l’ultra-gauche, le PS est attendu au tournant. Lui seul par son expérience de gouvernement est en mesure de gagner les élections et de diriger le pays. Pourtant des doutes réels existent que partagent nombre de Français : le projet sera-t’il assez fort (c’est à dire assez à Gauche) ? le ou la candidate sera-t’il crédible ? Les réponses apportées ne sont hélas toujours pas rassurantes.

En socialie, on distingue le projet du programme. Etant entendu que le premier est un background philosophico-sociétale que le second est censé décliner en mesures concrètes. Fort est de constater, à la livraison de la dernière mouture du « projet socialiste », que le PS en fait… n’a pas de projet !
Les marxistes ont un projet : créer par la révolution une société sans classe. Les libéraux ont un projet : créer un marché libre de toutes entraves, seul outil capable de répartir équitablement les richesses en fonction du mérite des individus. Et les socialistes ? Ils répondent qu’ils veulent le bien des français. Comme si les autres prétendaient agir pour leur mal ! A la vérité, ils n’ont plus de vision globale de ce qu’est la société et de ce qu’elle doit être. Traditionnellement le socialisme démocratique prétendait « mettre la réforme au service des idéaux révolutionnaires ». Aujourd’hui, les socialistes sont « réformistes ». Réformistes de quoi ? Réformistes comment ? On l’ignore, et quand on cherche à le savoir, il se trouve des camarades bien intentionnés pour crier à la dérive révolutionnaire et au « sur-moi marxiste » (sic).
Le projet est donc un pré-programme, une succession de mesures souvent intelligentes et généreuses, parfois un peu démagogiques, mais toutes dépourvues d’une toile de fond structurante. Quelle dimension démocratique ? Comment appréhende t’on la mondialisation et ses dégâts au 21ème siècle ? Le projet socialiste ne lève pas le voile sur ces interrogations majeures. Si « l’élément matériel » est bien présent, il y manque « l’élément moral ». Chaque système politico-idéologique peut en théorie parfaitement fonctionner s’il est cohérent par rapport à la logique qu’il prône. Si le communisme a failli c’est parce que la collectivisation des moyens de production a engendré une bureaucratie – les apparatchiks – qui ont détourné à leurs profits les richesses en refusant tout contrôle démocratique. Le libéralisme échoue à cause de l’appât du gain des capitalistes qui faussent la concurrence du marché selon leurs intérêts.
Rien ne permet d’affirmer que le socialisme est par essence plus moral que ces systèmes. Blum et Jaurès l’avaient bien compris. C’est la démocratie qui est gardienne du socialisme. Le refus de changer de régime risque de bloquer nos réformes tôt ou tard. Les outils de la Vème ont été forgés par la droite, pour la droite comme les institutions internationales l’ont été par les néolibéraux afin de maintenir le marché hors de tout contrôle. Enfin, le texte soumis aux militants ne peut faire office d’un plan de gouvernement. Un programme, c’est autre chose. Il hiérarchise les enjeux selon les priorités des français, il doit se contenter de mettre en exergue trois ou quatre grands chantiers raisonnablement exécutables sur une mandature, il prévoit les moyens à mettre en œuvre et les outils d’évaluation destinés à rendre compte des résultats devant les Français. Ce doit être un contrat de gouvernement passé entre la majorité politique et les citoyens au sens mendésiste du terme, un engagement qui ne soit pas formel mais une ligne qui engage la responsabilité politique du parti tout entier.

Vient la délicate question du candidat. Faire un beau programme est une chose gagner les élections en est une autre. Quels sont les atouts et les faiblesses des présidentiables déclarés ?

- DSK est brillant (ils le sont tous !). Héritier de la « deuxième gauche », entouré de ce qui est sans doute la meilleure équipe d’intellectuels que recense le parti, il a su analyser la nature de l’Etat-providence. Sa fonction est essentiellement correctrice puisqu’il vise à réparer en aval les inégalités générées par le marché. DSK préconise de lutter contre ces inégalités dès leur production, ce qu’il nomme le « réformisme radical ». Sa doctrine est pertinente mais le programme qu’il propose est peu en lien avec elle. La boîte à idée vire parfois au magasin de farces et attrappes (nationalisations temporaires, cour de l’environnement, régime présidentiel…). Ses idées sont à mille lieux de la pauvre motion 1 qu’il a pourtant soutenue. Tactiquement DSK a mal joué la partie depuis 2002. Habrité derrière Hollande et sa ligne omnibus, il croyait que le cornac en chef aurait servi de fusible aux attaques des opposants. Usé, Hollande devait laisser la place à DSK qui serait apparu comme le recours évident de l’aile « moderniste » du parti. Las, en refusant de sortir du bois, DSK a pris désormais trop de retard. En avançant masqué, il a empêché que le débat s’organise autour de ses idées. Ségolène a fini de l’achever.

- Fabius est incontestablement un homme d’Etat, expérimenté, habile, retors prétendent ses ennemis. Sorti de grandes écoles, il incarne une tradition bien française issue des Lumières, littéraire et rationnaliste. Acteur de premier plan du tournant de 1983, il a pourtant compris que les Français ont soif de volontarisme politique. Son « non » au Traité européen marque l’achèvement de sa conversion. Son analyse « Réconcilier les deux France » est beaucoup plus poussée que l’apparente simplicité d’un slogan que l’on croierait emprunté au démocrate John Edwards. Profondément républicain, Fabius souhaite réhabiliter le primat du politique en le conciliant avec le réalisme hérité du tournant de la rigueur. Problème : comme DSK - et plus encore - il est comptable de la politique de la gauche des vingt dernières années. Les Français ont peu confiance en lui, d’où sa faible cote de popularité. Pas sûr qu’il soit en capacité de rassembler la gauche et encore moins de battre Sarkozy.

- Jack Lang demeure véritablement populaire, mais plus que le candidat c’est l’éternel ministre de la Culture qui plaît aux foules. Bouillonnant d’idées, il en change trop souvent pour être crédible. Si les Français l’aiment, il le voit mal installé à l’Elysée. Il n’ira pas jusqu’au bout.

- Ségolène Royal est celle qui fait bouger les lignes. Ses prises de position sans langue de bois bousculent la rue de Solférino sans déplaire aux Français. Le débat public tourne désormais autour de ses interventions en lieu et place de celles de Nicolas Sarkozy qui monopolisait l’espace médiatique depuis 2003. Elle oblige les autres postulants à prendre position pour ou contre ses propositions. Elle énerve, on l’attaque : « elle n’a pas d’idées », elle rétorque que son projet sera celui des socialistes et qu’elle n’a pas pour conséquent besoin de s’en démarquer pour le moment. « Ses marqueurs idéologiques, famille et ordre, sont de droite », elle réplique que ces valeurs sont universelles et c’est parce que la gauche les a abandonnées que les couches populaires ont déserté le vote socialiste. Sa force par rapport aux autres concurrents réside aussi dans le fait qu’elle incarne un sentiment de renouveau malgré sa déjà longue carrière, une forme de parler-vrai auquel les Français ne sont plus habitués, une proximité qu’elle cultive par sa méthode « participative ». Elle marginalise l’appareil socialiste, se tient à l’écart des guéguerres de clans, émet ses propres avis. Tout cela séduit les Français. Mais en allant un peu vite en besogne, elle oublie que ce sont les militants qui l’investiront (ou pas). En se comportant comme une candidate de second tour, elle prend le risque de ne pas mobiliser suffisamment le cœur électoral du PS, ses militants et ses sympathisants. Elle avance vite, très vite. Peut-être trop.

La campagne ne fait que commencer, d’autres pourraient être tentés de se lancer (ou de revenir). Ce qui est sûr c’est que la victoire ne pourra être que celle du renouveau.

ps : en l'état, je m'abstiendrai par principe lors du vote du projet malgré certaines avancées. On ne peut pas laisser aux militants qu'une semaine pour discuter d'un texte à prendre ou à laisser, a fortiori quand des milliers de camarades nous ont rejoint. Et surtout car tous les candidats ont déjà affirmé que la "dimension personnelle", "la liberté de parole" seraient de mises alors que le vote des militants aura entériné un projet définitif.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

dsk distancé?à voir mais ce sertait dommage.segolene fait parfois trop revenir la gauche en arriére...

jean-antoine, ps du 54

Anonyme a dit…

Bravo pour l'audace d'avoir analysé la stratégie des uns et des autres... Mais c'est Marc Twain (je crois) qui disait "les prévisions sont toujours difficiles, spécialement celles qui portent sur l'avenir" !

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