30 juin 2006

LA " CONTRE-OFFENSIVE ARISTOCRATIQUE" DES DEFENSEURS DE LA Vème REPUBLIQUE


Entre la fin du règne de Louis XIV et la Révolution Française, se développa un mouvement que les historiens qualifièrent de « contre-offensive aristocratique ».

Prise en étau entre l’absolutisme royal et les revendications démocratiques défendues par la bourgeoisie, la noblesse sentait que sa position privilégiée dans la société ne pouvait perdurer. Le système politique et social de l’Ancien Régime était arrivé à bout de souffle et rompait de toute part. Si les critiques des Lumières contre l’ordre ancien n’épargnaient pas l’aristocratie, celle-ci prit le parti de les faire siennes pour mieux les retourner contre le centralisme royal et retrouver ainsi un rôle majeur à l’instar de l’aristocratie anglaise. C’est ainsi que Montesquieu, marquis de la Brède, théorisa la séparation des pouvoirs dans son fameux traité De l’esprit des Lois en louant le modèle britannique et la qualité d’élite politique de la noblesse. La philosophie de la « contre-offensive aristocratique » était simple : mieux vaut amender la monarchie que de la voir disparaître. Ainsi, durant les années qui précédèrent 1789, les Parlements de province nourrissèrent la contestation contre le roi. Mais plus la noblesse attaquait l’absolutisme, plus elle attisait chez le peuple un sentiment de révolte.

On dit que l’histoire ne se répète pas, et pourtant… Aujourd’hui la Vème République est aussi usée que l’était l’Ancien Régime. La classe politique actuelle agit comme la noblesse, elle sait qu’elle ne peut décémment continuer à exercer le pouvoir ( ou plus précisément à « l’occuper ») dans la déliquescence de nos institutions frappées du sceau de l’absolutisme présidentiel. Mais elle ne souhaite pas pour autant laisser la place à un régime dont elle n’aurait plus le contrôle, alors elle veut donner le change au bon peuple de France. Elle use d’une dialectique habile : « l’important n’est pas de changer de République mais de changer la République », « il faut une dose de proportionnelle », « il faut restaurer les droits du Parlement », « il faut limiter l’usage du 49-3 », « il faut des élus plus représentatifs », « il faut réformer le Sénat » et bla et bla….

Avouons que ce genre de slogans creux à caractère homéopathique masque mal le conservatisme de nos hommes politiques, ils n’avancent ce pseudo réformisme politique que pour mieux ossifier les structures sociales de notre pays. Or le besoin est grand de réarmer la politique pour régler les enjeux économiques et sociaux que les mutations du monde rendent nécessaires. En 1788, la noblesse donna un habillage progressiste à la fronde du Parlement de Paris pour mieux s’attacher un soutien populaire. Mais en provoquant la réunion des Etats Généraux qui était censée la conforter, elle ouvrit une boîte de Pandore qu’elle ne put refermer. Les défenseurs de la Vème République qui prétendent l’améliorer connaîtront le même sort : les Français ne se satisferont pas de réformettes, ils veulent la démocratie pleine et entière, c’est à dire un nouveau régime.


article publié dans le C6nécessaiRe n°3, le bulletin de la C6R Paris

1 commentaire:

Anonyme a dit…
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