23 juillet 2013

Guillaume Garot au chevet de l'agroalimentaire breton

Vendredi dernier, Guillaume Garot, ministre de l'agroalimentaire concluait sa visite finistérienne par une table-ronde réunissant représentants des forces vives de l'agroalimentaire et de l'agriculture, au moment même où la Commission européenne annonçait sa décision de réduire à néant les aides à l'exportation dont bénéficie la filière avicole. En parallèle de la table-ronde, une délégation d'élus et de représentants du personnel était reçue en audience par un conseiller du ministre pour évoquer la situation de Boutet-Nicolas.

Alors que le tissu économique finistérien est durement fragilisé, Guillaume Garot a annoncé qu'un plan agricole et agroalimentaire breton est en cours d'élaboration. Ce plan qui sera dévoilé à l'automne mettra en avant plusieurs axes : dispositifs de formation pour les salariés, soutien à l'investissement au travers du déploiement de crédits par la Banque Publique d'Investissement, aides à l'innovation et à la montée en gamme des productions, appui à l'export... Le ministre n'a pas éludé les situations urgentes, comme le devenir des sites du groupe Cecab ou la fin des restitutions qui affectera les entreprises Tilly-Sabco et Doux. S'agissant des restitutions, il a annoncé que le gouvernement conteste la décision de la Commission et que l'Etat français envisage toutes les voies de recours pour la faire annuler.

A propos du groupe Cecab, le ministre a annoncé que lui-même et Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, rencontreront dans les prochains jours la direction de la Cecab pour évoquer la stratégie du groupe et le sort des entreprises Gad et Boutet-Nicolas. J'ai tenu à attirer l'attention du ministère sur 3 enjeux liés à la restructuration du groupe Cecab :

-  L'enjeu territorial finistérien :  l'essentiel de la casse sociale affecte le département du Finistère. En effet, si près de 1000 emplois sont menacés au sein du groupe, ils le sont pour la quasi-totalité dans le complexe agro-industriel finistérien alors qu'il est prévu que, par l'effet des reclassements, plus de 300 emplois pourraient être recréés dans les unités morbihannaises du groupe (Abattoir de Josselin pour la filière porc, Conserverie de Lanvénégen pour la branche légumes). Les restructurations des branches porcines et légumes ne peuvent ignorer l'enjeu territorial, surtout quand il s'agit d'une coopérative qui bénéficie d'aides et de commandes publiques (la Cecab est fournisseur des Armées pour la période 2013-2015).

L'enjeu de la filière légumes industriels : Moins importante quantitativement que d'autres filières, elle demeure présente dans le Finistère-Sud et le Morbihan. En Bretagne, elle représente 3200 emplois directs et indirects. La Bretagne est la 1ère région française de production avec 15 unités (10 conserveries, 5 unités de surgélation) sur les 29 unités françaises. Elle rencontre néanmoins des difficultés : réduction des cultures au profit des céréales, concurrence étrangère plus forte, nouvelles normes environnementales concernant les intrants, besoins en irrigation...

Ainsi, en 2011, si la balance commerciale de la filière faisait apparaître un solde positif pour les légumes appertisés avec 160 000 tonnes (lequel doit être relativisé puisqu’il prend en compte le maïs doux), celui des légumes surgelés était déficitaire de 205 000 tonnes. Dans la balance des échanges, 3 productions subissent un solde négatif (asperges, haricots, artichauts). Le solde négatif des haricots verts (22 000 tonnes en 2011) interpelle car il s’agit de la production historique du bassin cornouaillais. Préserver les conserveries bretonnes implique de maintenir la capacité de production des légumes. J'ai demandé qu'une attention particulière soit réservée à cette filière dans le plan breton à venir.

L’enjeu de l’entreprise Boutet-Nicolas : il s’agit de la dernière unité de production finistérienne. Sa fermeture emportera des conséquences sociales, économiques et territoriales. La Cecab ne souhaite pas la reprise de l’entreprise, pourtant rentable, par un autre opérateur alors qu'elle vient pourtant de céder 8 unités de surgélation au groupe belge Pinguin. Il semble juste, dans l’esprit de la loi « Florange » actuellement en discussion, que les pouvoirs publics exigent de la Cecab qu'elle réfléchisse à la possibilité de céder Boutet-Nicolas à un autre opérateur éventuellement intéressé. Il ne serait pas acceptable que la Cecab pratique une forme de « terre brûlée » qui consisterait à se désengager, puis à empêcher toute réindustrialisation sérieuse par la transformation des usines en entrepôts ou leurs ventes pour des activités faiblement pourvoyeuses d’emplois.


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