C'est le thème sur lequel Louis Maurin, sociologue de l'Observatoire des Inégalités, était invité à s'exprimer à l'occasion de l'AG de la Mission Locale du Pays de Cornouaille vendredi dernier à Locronan.Comme Bourdieu qui affirmait que "la jeunesse n'est qu'un mot", le chercheur a rappelé que le discours qui tend à considérer la jeunesse comme une catégorie homogène demeure réducteur. L'âge, le sexe, le diplôme, le territoire d'origine et le milieu familial sont autant de facteurs discriminants entre les "jeunes". Toutefois, la caractéristique qui les relie est le fait qu'ils affrontent l'ensemble des difficultés que connaissent les populations les moins favorisées.
Les jeunes - les 18/29 ans - sont notamment victimes plus que d'autres du chômage, de la difficulté d'accéder à un logement, ainsi que du déterminisme par le diplôme. Ces trois facteurs se combinent et aggravent la vulnérabilité de cette classe d'âge. On note ainsi que de 670 000 en 2002, le nombre de jeunes vivant en dessous du seuil de pauvreté a atteint 985 000 en 2007. L'entrée dans le monde du travail est synonyme de précarité : les stages à répétition, le temps partiel subi ou les CDD sont la règle. Dans ces conditions, les répercussions négatives sur les horizons de la vie sont multiples : instabilité de la vie privée, sentiment de déclassement...
Pour Louis Maurin, outre le chômage de masse, l'une des causes principales de la marginalisation de la jeunesse réside dans "l'académisme extrême", cette propension très française à figer la société en opérant un "tri sélectif par l'école". Il dénonce avec vigueur l'emprise du diplôme, regrettant que le passé scolaire prime davantage que l'expérience et l'aptitude personnelle. Il appelle de ses voeux une grande réforme de l'école partant du constat que la "massification" de l'enseignement n'a pas été accompagnée de sa "démocratisation". Le système éducatif des années 50 est demeuré face à un public plus nombreux et différent. Trop souvent, une confusion existe entre jeunes sans diplômes et jeunes sans qualification, alors que l'absence de diplôme ne signifie pas inaptitude ou incompétence. La formation continue est à valoriser pour faire reconnaître les qualifications de ceux qui sont sortis sans diplôme du système éducatif.
Enfin, les politiques jeunesse ne peuvent pas plus faire l'impasse sur la question de la formation que sur celle de l'autonomie. Hostile à l'idée d'une prestation d'autonomie universelle sans condition de ressources, Louis Maurin privilégie l'élargissement des bénéficiaires et l'élévation du niveau des bourses pour les étudiants ainsi que la généralisation du RSA pour les moins de 25 ans sans ressources ou disposant de revenus limités.
Pour ma part, je reste convaincu que le problème du chômage est le premier obstacle à franchir. Retrouver un marché du travail fluide permettrait à chaque jeune, d'où qu'il vienne, de s'insérer professionnellement et socialement. Pour cela, une seule manière : produire à nouveau en France des biens et des services. C'est le sens du redressement productif mis en œuvre par le Président Hollande qui doit profiter à la jeunesse.




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