
Alors que la Chine s’apprête à investir dans le FESF, le président du fonds souverain chinois China Investment Corporation, M. Jin Liqun, n’a pas craint d’avouer les arrières-pensées de son pays dans une récente interview accordée à la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira.
Selon lui, l’Europe est « une société en fin de course, vivant d'acquis sociaux". Le même d’ajouter : « je pense que les lois sociales sont obsolètes. Elles conduisent à la paresse, à l'indolence, plutôt qu'à travailler dur. Le système d'incitation est complètement détraqué » avant d’appeler de ses vœux, comme le président Hu Jintao, l’Europe à adopter sans délai « toute une série de réformes ».
En août dernier, c’est aux Américains à qui Pékin faisait la leçon, affirmant que la Chine « a tous les droits d’exiger des Etats-Unis qu’ils s’attaquent à la leur problème structurel». Pour s’arroger ce droit face à la première puissance mondiale, il fallait que la Chine disposât de solides atouts : elle détient 1 170 Md$ en bons du trésor américains.
Dans une interview au journal Le Point du 9 août dernier, l’économiste Antoine Brunet a parfaitement analysé la stratégie de la Chine, décortiquant la manière dont elle participe au creusement de la dette occidentale par le dumping monétaire et social. Le dessein de l’Empire du Milieu ? « déstabiliser les pays occidentaux sur tous les fronts, économique, social, budgétaire. » La déstabilisation des finances publiques a pour objectif la remise en cause des dispositifs sociaux de l’Etat-providence afin de provoquer la colère des peuples contre leurs gouvernements. En marge du dernier sommet du G20, la Chine a d’ailleurs conditionné ses investissements dans le FESF, en réclamant « un peu plus de compréhension de ses intérêts ».
On devine la suite… La Chine, qui détiendrait déjà plus de 550 Md$ de dette souveraine européenne, devrait investir dans le FESF à hauteur de 100 Md$. Cette position de force lui permettra d’obtenir des Etats européens qu’ils acceptent l’intégration tarifaire totale au sein de l’OMC par la levée des derrières barrières. Elle pourra ainsi accélérer la désindustrialisation de l’Europe, tout en mettant la main sur des nombreux actifs et savoir-faire technologiques stratégiques. Nous aurons alors beau jeu d’évoquer le respect des droits humains et environnementaux.
Ne nous berçons pas d’illusion, la mondialisation n’est pas un mouvement culturel qui promeut les échanges entre les peuples, elle n’est rien d’autre qu’une nouvelle manière pour les grandes puissances de se livrer bataille. Dans un monde largement thermo-nucléarisé, la guerre économique a remplacé les conflits armés aux issues périlleuses. La Chine l’a bien compris, les Etats-Unis et les pays du BRICS également. Quand les Européens feront-t’ils preuve de lucidité ?




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