Quelque part entre Siegfried et le général BoulangerSi Sarkozy était un homme cultivé, je l'aurais volontier comparé à Thiers tant son célèbre aphorisme - " La république sera conservatrice ou ne sera pas" - résume la pensée du candidat de l'UMP. Sarkozy s'essaye, comme Thiers qui lui y parvint, à unifier les différentes familles de la droite . Mais il n'en a pas le talent. Plus il s'agite, plus il éructe des énormités plus grandes que lui (après sa saillie sur les pédophiles nés, quelles inepties nous réserve-t'il?), plus Sarkozy apparaît pour ce qu'il est : un homme qui entretient un rapport névrotique avec le pouvoir.
De Siegfried, il a le sentiment d'invulnérabilité, et comme le guerrier teuton son armure recèle une faille fatale. Pour Sarkozy, c'est son incapacité à contrôler ses nerfs et sa propension à détourner les moyens de l'Etat a des fins personnelles. Du général Boulanger, il a la popularité-feu de paille, celle des batteleurs de foires qui se croient capables de se hisser sur le pavois mais qui trébuchent au premier obstacle. Comme Boulanger, Sarkozy est un avatar raté de Bonaparte, il abuse des mêmes rodomontades musclées et violentes. Comme Boulanger, sa débacle piteuse est annoncée, je lui souhaite simplement de ne pas finir aussi tragiquement.
Le rêve impossible de François Bayrou
j'ai beau ne pas être insensible aux arguments de Quitterie Delmas (je comprends qu'une jeune démocrate-chrétienne trouve exitant d'éprouver le grand frisson socialiste) je ne crois pas un instant à la possibilité du gouvernement d'union nationale défendu par Bayrou. Je ne m'arrêterai pas sur sa majorité introuvable ni sur le contexte institutionnel, je préfère plutôt remarquer dans l'Histoire contemporaine que les expériences de trangression des lignes partisanes se sont toujours opérées sinon sur une "ligne de gauche", à tout le moins sur une ligne sociale. Ces alliances contre nature ont été en outre limitées dans le temps et en efficacité.
Ainsi, en 1946, l'union réalisée par le Gouvernement Provisoire s'est faite autour de la concrétisation du programme du CNR : ce fut l'invention de l'Etat-providence. Pourtant chacun, des gaullistes au PC, reprit vite son chemin. En 1954, Mendès France su rassembler dans son mythique gouvernement des personnalités aussi opposées que Mitterrand, Chaban et Edgar Faure. Le conflit indochinois soldé, PMF fut renvoyé à ses pénates. Ne parlons même pas de la Troisième Force ! En 1972, le Premier Ministre Chaban Delmas, conseillé par des hommes de gauche (Jacques Delors "jeune" et Simon Nora ancien conseiller de PMF) invente "la Nouvelle Société". Ce programme qui voulait renouer avec le gaullisme social lui valut d'être limogé par Pompidou qui l'estimait trop progressiste, et Chaban explosa en 1974. En 1988, dans la lignée de son thème de campagne ("La France Unie"), Mitterrand laisse Rocard tenté un Big Bang, ce fut le Big flop. Exceptée la création du RMI, inspirée par le transfuge UDF Lionel Stoléru, rien de glorieux. La gauche en paya le prix fort.
François Bayrou n'a pas dans son progamme de mesures socialement justes : la TVA sociale, l'ISF au taux de 1/1000e, la réduction des cotisations sociales, l'assouplissement de la règlementation sur les heures supp'... Tout cela est sarko-compatible mais pas ségo-compatible. L'union des droites sûrement, mais sans les socialistes.
L'amour du drapeau et du trône
De mémoire de socialistes, on avait jamais vu chanter la Marseillaise ni agiter des drapeaux tricolores dans des meetings socialistes. C'est une première. Ca fait du bien. On peut simplement regretter qu'il ait fallu attendre que le thème de l'identité nationale soit agité par la droite pour que nous y répondions, cela a pu paraître une tactique... pour conquérir le trône. Espérons simplement que la campagne passée, le PS deviendra réellement le parti républicain que rêvait Jaurès. L'extrême-gauche qui semble n'aimer la France que lorsqu'elle s'oublie a beau jeu de tancer l'hymne national, ce chant barbare qui a accompagné "le massacre des Communards et la colonisation" dixit Laguiller. Ce faisant, ces démagogues nous prouvent que l'école a failli dans sa mission. En effet, si Arlette, José et Olivier avaient été plus studieux sur les bancs de la communale, ils auraient appris que depuis deux siècles, le sang d'hommes et de femmes a été répandu pour éviter que les ennemis du peuple ne bafouent nos trois couleurs. Ils auraient également appris que l'Internationale que les trotskystes braillent à la fin de leurs messes était aussi le chant des gardiens du Goulag, l'hymne de ceux qui ont tué leur mentor, le grand Léon... La vérité est qu'ils sont "lepénisés" sans le savoir : considérer que l'extrême-droite a le monopole des symboles de la République, c'est donné raison à Le Pen et à Villiers.
La Constitution européenne, les Socialistes et le Traité de Rome
Le débat constitutionnel européen tel qu'il est mené en France souffre d'un paradoxe amusant. Ceux qui clament sans cesse que le projet européen ne pourra être réorienté dans un sens moins libéral qu'à partir de l'adoption d'une constitution européenne sont exactement les mêmes qui estiment que le passage, en France, à une 6ème République ne sert à rien. Ils nous expliquent que les politiques publiques sont indifférentes à la nature du régime, et que l'architecture de la Vème n'empêche pas la démocratie de s'exprimer.
Tiens donc ! Mais pourquoi diable attendent-ils que l'Union ait une nouvelle Constitution pour nous la faire, cette fameuse "Europe sociale" ?!
A l'occasion du cinquantenaire du Traité de Rome instaurant la Communauté Economique Européenne, certains socialistes redécouvrent Guy Mollet et saluent en lui le visionnaire qui a entrepris la construction européenne par le marché. Je me rappelle surtout que Pierre Mendès France, avec sa lucidité habituelle, avait combattu ce traité car il pressentait qu'il portait en lui les gènes du mercantilisme. Qu'il avait raison ! Cinquante ans plus tard, le bilan est contrasté. Certes, la paix s'est installée, mais les injustices de la construction européenne ne cessent d'outrager les plus faibles. Le nationalisme le plus violent se propage sur le continent, utilisant les failles de l'Europe comme un levier efficace. Hier les urnes ramenaient les néo-nazis et les néo-fascistes au pouvoir en Autriche et en Italie, aujourd'hui les intégristes catholiques et xénophobes en Pologne, demain Le Pen en France ? La sentence d'Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme n'a jamais été autant d'actualité :
"Qu'on le veuille ou non : au bout du cul-de-sac Europe, je veux dire l'Europe d'Adenauer, de Schuman, Bidault et quelques autres, il y a Hitler."




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