Un grand nombre de cadres, d'élus et de militants a décidé de soutenir la candidature de Ségolène Royal. C'est aussi la position qui m'anime au côté de beaucoup de camarades finistériens. En effet Ségolène Royal a su transformé un phénomène médiatique (la "Ségomania") en véritable lame de fond militante. Ses positions méritent d'être analysées avec objectivité, loin des caricatures et des manoeuvres de basse politique.On ne peut pas être en accord avec l'ensemble de ses positions mais n'oublions pas que nous n'évoluons pas dans un système que nous maîtrisons. La Vème République présidentialiste est un Moloch insatiable sur l'autel duquel la nécessité électorale exige que nous sacrifions quelques unes de nos idées, à condition que nous gardions intacts nos idéaux. De toute façon nos revendications seraient-elles complètement satisfaites avec un autre ? Sans doute que non. Plutôt que rêver de ce qui ne sera pas, battons nous pour que soit ce qui peut l'être aux côtés de Ségolène Royal.
Sa conception du syndicalisme et des relations sociales rappelle à bien des égards la participation, une des seules idées géniales de De Gaulle qu'il n'avait pas pu mettre lui-même en oeuvre. Si Ségolène Royal réussi, le rapport de force salariat/patronat sera complètement bouleversé.
Sa vision de l'aide au développement des pays du Sud sous forme de coopération décentralisée paraît apte à sortir d'un paternalisme post-colonial et espérer régler en partie les drames humains qui touchent les immigrés déracinés et exploités dans les pays du Nord, avant d'être jetés en pâture aux populistes à qui ils servent de commodes boucs-émissaires.
Son bilan en matière environnementale, principalement dans sa région, prouve qu'elle a su faire de l'écologie un outil de gestion quotidien au lieu de la cantonner au champ purement idéologique. Appliquer de la même façon à l'échelle du pays, nous avancerions vers un vrai "développement durable" alors que les enjeux environnementaux n'ont jamais été aussi prégants.
Sa réaffirmation du lien national est à son honneur dans un parti où la bienpensance pseudo-internationaliste insulte systématiquement qui dit aimer son pays. Il est temps d'en finir avec cette vision erronée qui tord dans tous les sens les écrits de Jaurès pour faire accepter la liberté de circulation des capitaux et les délocalisations au nom de l'internationalisme. Il est temps de revenir au véritable universalisme, celui des Lumières, qui a fait bien plus pour l'essor des libertés et le progrès des peuples quand il respectait le fait national. Strauss Kahn a commis une faute politique en parlant à propos de Ségolène Royal de "réification de la nation". Car entre l'européisme béat et impuissant qui est le sien et le nationalisme, il y a la Nation, cette communauté de destin qui si elle fonctionnait normalement ferait d'un breton ou d'un immigré maghrébin des égaux. "Il n'y a qu'une France et qu'une République" affirmait Gambetta car la France est une idée qui inspire la République depuis plus de deux siècles : les deux notions sont inséparables.
Ségolène Royal n'a pas tout dit de son programme, certains le lui reprochent. Ils oublient qu'une campagne présidentielle se gagne dans les dernières semaines. Elle a raison de ne pas griller ses cartouches aujourd'hui, c'est en avril 2007 qu'il faudra susciter l'adhésion des Français, surprendre leur intérêt par des idées innovantes. A se dévoiler trop tôt, elle prendrait le risque de s'user. Pourtant on attend d'elle des précisions sur des enjeux importants comme l'Europe. Elle seule est en position de réconcilier les militants du "oui" et du "non", elle a compris les raisons du "non", les respectent. Il lui incombe désormais d'adresser aux Français un projet européen solide et crédible, en ne perdant pas de vue qu'à construire l'Europe de Madelin on prépare la France de Le Pen.
Sur d'autres aspects, elle devra rassurer. Ainsi je demeure sceptique quant à ses propositions sur le traitement de la délinquance des mineurs et circonspect sur la manière dont on peut aménager la carte scolaire. Mais je n'oublie pas qu'il y a un an, lors des émeutes de banlieux, certains de ses détracteurs les plus virulents voulaient voter avec l'UMP la prorogation de l'état d'urgence. Les mêmes la taxent de sécuritaire...
Pour autant les autres candidats méritent d'être respectés. Bien qu'eux mêmes ou leurs proches ne se comportent pas toujours de façon décente, nous aurons besoin de leurs compétences si Ségolène est investie. DSK, dont les lieutenants sont les plus violents, est celui qui est le plus proche de Ségolène Royal ! Tout deux héritiers de la "2ème gauche", lui ex-rocardien, elle ex-deloriste. DSK que je considérais à tort dans un réflexe pavlovien comme le diable social-libéral mérite d'être salué pour être le seul à avoir tenté de donner au parti un soubassement doctrinal. Alors qu'on reproche souvent aux socialistes français de ne pas avoir fait leur "Bad Godesberg" et de ne pas renoncer à la vulgate marxiste, le réformisme radical est utile pour penser le socialisme de demain. Hélas cela reste de l'ordre de la philosophie politique et les propositions de DSK ne sont pas crédibles : trop naïf sur la mondialisation, pas assez critique sur l'Europe. Enfin sa doctrine n'accorde que peu de place à la délibération collective, sa conception du rôle du Président - une sorte de Dêmokrator - est aux antipodes de la 6ème République (et accessoirement du projet socialiste).
Fabius mérite également le respect. Il a senti les attentes des Français : la lutte contre le chômage, la défense du pacte social, le besoin de revivifier l'école, d'assurer à chacun le droit de vivre dans un cadre décent. On peut considérer qu'il n'est pas en capacité de convaincre les français : l'usure de celui qui fut trop vite au firmament. Mais n'oublions pas que nous lui devons la victoire du "non". Si le "oui" l'avait emporté, le PS serait mort et nous aurions connu à coup sûr un nouveau 21 avril. Fabius a pris ses risques, reconnu ses erreurs passées. C'est un homme d'Etat de grande valeur et il est difficile d'entendre des amis d'Arnaud Montebourg, hier si proches, qui parlent de lui sur l'air du molletisme.
Certains effets de manche sont tolérables dans les Congrès socialistes, mais là nous nous apprêtons à parler aux Français. Faisons notre la vieille antienne d'Edouard Herriot : " pas d'ennemis à gauche !". Unis nous vaincrons, divisés nous ouvrirons un boulevard à Sarkozy.




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