17 décembre 2005

Le 200 000ème

L'UMP de Nicolas Sarkozy vient d'enregistrer son 200 000ème adhérent, chiffre symbolique pour ce parti qui rêve d'égaler ses voisins du Parti Populaire Espagnol et de la CDU allemande.
On peut bien sûr mettre en doute la véracité des chiffres, on peut aussi se gausser des méthodes de marketing politique agressif auquelles recourt Nicolas Sarkozy, tout comme il est possible de minimiser la profondeur de l'engagement de militants séduits par SMS et courriels, ou de dénoncer ce qu'il doit au culte du chef. La vérité est là, l'UMP recrute sans vergogne avec un discours de droite décomplexée. C'est un paradoxe, car rarement la base électorale de la droite n'aura été autant inversement proportionnelle à son nombre d'adhérents. C'est pourtant une manne précieuse en terme de ressources humaine et financière que de disposer d'un bataillon aussi fourni.
Comme un miroir, ce phénomène renvoit le Parti socialiste à sa faiblesse numérique. La direction annonce régulièrement le nombre de 120 000 adhérents, en vérité une baisse sensible a été enregistrée depuis le Congrès de Dijon. Certes, les campagnes d'adhésion sont généralement peu efficaces quand elles sont réellement mises en oeuvre sur le terrain. Mais le malaise semble plus profond: le PS n'intéresse plus les citoyens de gauche prêts à s'investir politiquement. Les belles victoires de 2004 n'ont semble-t-il pas modifié la donne. Le récent sondage CSA-LeMonde du 8/11/2005 est éloquent*. Si 50% des sondés estiment que le PS est fidèle à ses valeurs, seuls 30% le voit en capacité de remporter les présidentielles, 28% le considèrent comme une force de proposition. 59% jugent qu'il s'oppose très mal au gouvernement. Comment, dans ces conditions, vouloir adhérer à un parti tellement mal coté ? La sociologie militante devient une source de préoccupation, à côté des fonctionnaires et des retraités de la fonction publique où sont les ouvriers et les salariés dont le PS se veut le porte-parole ?
Nul besoin d'être politologue pour appréhender les raisons d'un tel désaveu. L'appareil socialiste fonctionne en circuit fermé, préoccupé par les enjeux de pouvoir interne, s'ouvrant difficilement aux idées extérieures. En même temps, la ligne du parti semble floue, peu cohérente pour l'opinion publique. Le réferendum européen a certes brouillé l'image du PS, mais l'actualité illustre quotidiennement le grand écart des élus avec la base. Que ce soit sur les questions environnementales (Cf. les positions de Le Déaut sur le nucléaire et les OGM, le refus de voter la Charte de l'environnement de certains parlementaires), ou tout récemment l'extrême difficulté pour les groupes socialistes au Parlement d'édicter une prise de position unique à propos de la loi de 1955 instaurant l'état d'urgence ou sur la loi antiterrorisme. Il existe en vérité chez nos cadres des divergences tellement profondes que la direction doit naviguer à vue. Cette absence de clarté (confortée par la synthèse) nous éloigne du peuple.
La gauche s'en trouve éclatée entre mouvement social et partis de gouvernement qui s'évitent et dialoguent à peine. Alors comment faire pour que le PS exprime mieux les préoccupations populaires ? La motion 5 proposait de "renouer avec notre base sociale", il nous reste 18 mois pour y parvenir sans quoi la machine de guerre UMP de 200 000 adhérents nous broiera, instillant dans les esprits le tatchérisme et son abject corollaire, l'individualisme forcené.
Michel Loussouarn
*69% des sondés considéraient que le Congrès du Mans allait laisser des traces sur le PS, manière de dire que l'opinion publique n'est pas dupe des vertus réelles d'une synthèse à laquelle personne ne croit...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le droite recrute, l'extrême-droite aussi sans doute. En même temps, 200.000 adhérents, pour un parti de gouvernement, je n'appelle pas ça un parti de masse.
Il est exact toutefois que c'est le signe d'une radicalisation. Tout se passe comme si la droite et sa base sociale se préparait à une confrontation, par exemple un mouvement social de grande ampleur. Rien n'est négligé pour diviser les salariés : privé contre public, français contre immigrés.
Il ne tient qu'à nous de placer le débat sur ce qui peut rassembler tous les salariés (par exemple la nécessité d'une augmentation générale des salaires).

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