27 novembre 2011

Comment évaluer la richesse et le développement des territoires ?

Organisée par la Mission Développement durable du Conseil général, une passionnante rencontre-débat consacrée à la question des indicateurs de richesse a réuni de nombreux élus, universitaires et acteurs de l'économie sociale et solidaire vendredi dernier à l'Hôtel du département.

La réflexion sur les outils de mesure de la richesse n'est pas nouvelle, mais elle a retrouvé toute son actualité en 2008 quand le Président de la République a confié à l'économiste Joseph Stiglitz la présidence d'une commission chargée d'élaborer de nouveaux indicateurs de richesse. En effet, la notion de PIB développée après-guerre ne mesure que la croissance, c'est-à-dire la production de richesse monétaire. Elle n'évalue ni le niveau de bien-être et de qualité de vie, ni les impacts environnementaux. Bien souvent, l'accroissement du niveau de croissance contribue au contraire à une dégradation du "bien commun".

Les limites de l'indicateur PIB peuvent être résumées au travers de 3 paradoxes :

- Le paradoxe d'Alfred Sauvy qui affirmait de manière humoristique (et un brin machiste) que le PIB ne tient pas compte des phénomènes non monétarisés : "Epousez votre femme de ménage, et vous ferez diminuer le PIB", (autrement dit, en devenant votre épouse, votre conjointe effectuera le ménage gratuitement, sans relation commerciale).

-Le paradoxe de l'Erika énoncé par Patrick Viveret. La catastrophe écologique de l'Erika a été désastreuse sur le plan écologique mais elle a contribué à produire de la richesse monétaire. Le nettoyage des cotes et la dépollution des eaux ont permis à des entreprises de développer des activités et d'offrir du travail à des salariés (ce constat s'applique aussi aux algues vertes dont le traitement a engendré une activité spécifique pourvoyeuse d'emplois).

- Le paradoxe d'Easterlin qui a démontré qu'une fois atteint un niveau élevé de développement économique, le sentiment de bien-être de la population n'augmente pas. Au contraire, un fort de taux de croissance s'accompagne souvent d'une disparité forte entre les couches modestes et les catégories aisées qui sont les seules à s'enrichir.

Pour échapper à ces travers, la pensée économique a développé d'autres outils, cherchant à mesurer des aspects qualitatifs plutôt que quantitatifs. Parmi eux, on peut citer l'IDH créé par le PNUD en 1990, ou bien le "Bonheur National Brut" inspiré notamment par John Kenneth Galbraith et popularisé par le royaume boudhiste du Bhoutan.

Ces réflexions intéressent les collectivités locales car à travers la définition d'indicateurs locaux qui évalueraient les réalités concrètes des territoires et des populations qui y vivent, il serait possible d'envisager un autre système de péréquation plus équitable.

Pour ma part - et ce n'est qu'un avis personnel -, je considère que la société de (sur)consommation encouragée par les théories économiques libérales a rompu l'unité de l'Homme et de la Nature, substituant le matérialisme à la spiritualité. A chacun de s'efforcer de la restaurer par les voies qu'il croit justes. Le bonheur comporte toujours une dimension personnelle, et cela ne se mesure pas...

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